Réguler les espèces nuisibles en France : une politique coûteuse et inefficace selon une étude
Réguler les espèces nuisibles : une politique coûteuse et inefficace

La régulation des espèces nuisibles en France : un bilan financier alarmant

Selon une étude menée par le Muséum national d'histoire naturelle et publiée dans la prestigieuse revue Biological Conservation, la politique française de régulation des espèces jugées nuisibles s'avère particulièrement peu rentable. Les chercheurs ont établi que l'élimination systématique des renards, mustélidés et autres corvidés représente un coût annuel exorbitant, oscillant entre 103 et 123 millions d'euros. Ce montant impressionnant dépasse de très loin les dégâts économiques attribués à ces animaux, estimés à seulement 23 millions d'euros par an.

Un rapport coût-bénéfice défavorable

Les auteurs de l'étude tirent une conclusion sans appel : « Il n'est donc pas rentable de détruire les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts : cela coûte plus cher que d'indemniser les dommages économiques causés ». Ils qualifient cette politique de « inefficace et coûteuse », remettant en question les fondements mêmes de cette approche. Cette analyse financière détaillée met en lumière l'absurdité économique d'une stratégie qui génère des dépenses huit fois supérieures aux pertes qu'elle prétend éviter.

L'inefficacité démographique de l'élimination

L'étude approfondie ne se limite pas aux aspects financiers. Elle démontre également que les campagnes d'élimination massive des animaux classés comme nuisibles ne parviennent pas à réduire significativement leurs populations. En examinant cinq espèces d'oiseaux figurant sur la liste officielle des « espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD) », les scientifiques ont constaté que les effectifs des populations nicheuses n'avaient pas diminué malgré les mesures de régulation. Des recherches antérieures aboutissaient déjà à des conclusions similaires concernant le renard roux, confirmant ainsi l'inefficacité de ces pratiques.

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Le cadre réglementaire contesté

L'arrêté ministériel du 4 août 2023 avait classé plusieurs espèces parmi les ESOD, notamment :

  • La belette d'Europe
  • La fouine
  • La martre des pins
  • Le renard roux
  • Le corbeau freux
  • La corneille noire
  • La pie bavarde
  • Le geai des chênes
  • L'étourneau sansonnet

Une nouvelle liste est attendue d'ici l'été, mais cette classification fait l'objet de vives critiques. Le 13 mai 2025, le Conseil d'État a même demandé au gouvernement de retirer la martre de cette liste, répondant ainsi aux préoccupations des associations de défense de l'environnement qui contestent régulièrement le principe même des ESOD.

Vers une refonte nécessaire de l'approche française

Fin 2024, un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable avait déjà sonné l'alarme, appelant à « une refonte de l'approche française » et recommandant de ne pas reconduire l'arrêté ESOD en 2026. Cette étude du Muséum national d'histoire naturelle vient renforcer ces conclusions, fournissant des arguments économiques et scientifiques solides pour repenser complètement la gestion des espèces dites nuisibles en France.

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