Philippe Poutou et Rouge Bordeaux anticapitaliste : une opposition déterminée à Bordeaux
Pour Philippe Poutou et ses colistiers de Rouge Bordeaux anticapitaliste, l'effet caisse de résonance d'un conseil municipal permet de faire passer des idées, même sans avoir aucune prise sur le pouvoir. Le slogan « Vert de rage, rouge de lutte » barre l'affiche électorale de cette liste conduite par l'ancien ouvrier de Ford Blanquefort.
Une hargne intacte après six ans d'opposition
À 58 ans, Philippe Poutou n'a rien perdu de sa détermination. Six ans dans l'opposition à parler quasiment dans le vide ne l'ont pas usé. « On veut faire la démonstration que c'est utile, malgré toutes les limites », explique-t-il. « La caisse de résonance, c'est notre utilité, on est une vraie opposition ».
Le triple candidat à la présidentielle insiste sur leur présence assidue : « On a été à 45 conseils municipaux sur 47, plus 35 conseils métropolitains. Avec 15 interventions par séance, on est à plus de 1 000 interventions en six ans ». Philippe Poutou estime donc avoir amassé un petit capital politique qu'il entend faire fructifier.
Une liste diversifiée présentée avec ambition
Ce lundi 2 mars, il a présenté sa liste, très diversifiée, avec l'objectif de faire aussi bien, voire mieux qu'en 2020. À l'époque, sous le nom de Bordeaux en luttes, ils avaient obtenu trois élus avant de tomber à deux après une scission interne.
Luis Emaldi, 36 ans, sociologue en troisième position, révèle : « Nous avons été surpris de la relative facilité à construire cette liste. Nous avons un côté très rassembleur ». Sa colistière Béatrice Walylo, enseignante, ajoute : « Il y a de nouvelles figures, on a dépassé Bordeaux en luttes. Le travail que nous avons fait pendant six ans a infusé ».
Un programme concret et radical
La liste présente une grande diversité de profils :
- Des professions variées (ingénieur, étudiant, agent hospitalier, retraité, commerçant)
- Plusieurs sans emploi
- Des âges allant de 19 à 81 ans
Stéphanie Geoffroy-Lemoine, 53 ans, conseillère emploi syndiquée FSU, précise leur vision : « Nous avons la volonté de changer de paradigme. Dans la lutte, on voit que cela ne marche pas, alors que faire ? Il faut s'engager politiquement, aller vers plus de radicalité ».
Leur programme se veut concret : « plus de services publics, du logement pour tous et toutes, du féminisme, des choses pour les mamans solos, pour les retraités ».
Représenter ceux qui ont abandonné la politique
Ronan Dolata, 31 ans, humoriste et novice en politique, pense que cette liste permettra de « représenter des gens qui ont abandonné la politique parce que le conseil municipal est dominé par une classe sociale ».
Corinne Touller, 56 ans, sans emploi, exprime une motivation plus radicale : « J'ai une haine, il faut arrêter d'être passif. Le but, ce n'est pas les élections, c'est de continuer la lutte ».
Un défi électoral important
Malgré cette détermination, le défi électoral reste important. Le sondage Ifop-Fiducial réalisé pour Sud Ouest crédite la liste Poutou de seulement 5 % des voix au premier tour. Un score modeste qui n'entame cependant pas la conviction des militants de Rouge Bordeaux anticapitaliste de maintenir une opposition radicale dans le paysage politique bordelais.



