Le transfert des orques de Marineland vers l'Espagne cristallise les tensions
Alors que le ministère de la Transition écologique pourrait s'exprimer dans les prochains jours, le sort des orques Wikie et Keijo, détenues à Marineland à Antibes, concentre toutes les inquiétudes. Entre un projet de transfert vers l'Espagne, l'abandon du sanctuaire canadien et les vives critiques des associations de défense des animaux, l'État tarde à prendre une décision définitive. Parallèlement, l'avenir des dauphins du parc reste également en suspens, ajoutant à la complexité de la situation.
La piste du Loro Parque se précise malgré les oppositions
Faute d'alternative concrète, le transfert vers le parc espagnol du Loro Parque, situé à Tenerife, semble se confirmer. Mi-février, le ministère avait indiqué retenir cette option, tout en exigeant des garanties sur le cadre législatif français et les conditions d'accueil, notamment la taille, la surface et la profondeur des bassins. Cependant, cette solution est vivement contestée par les ONG. L'association Tilikum Spirit souligne que les orques pourraient être confinées dans des bassins arrière de 680 m² et 1052 m², contre plus de 4 100 m² actuellement à Antibes, et s'interroge sur la durée de leur séjour dans ces micro-bassins.
Plus largement, les critiques portent sur l'aptitude du site espagnol à accueillir Wikie et Keijo. En avril dernier, l'autorité scientifique espagnole s'était déjà opposée à un tel transfert, estimant les conditions inadaptées, une position qui, selon plusieurs sources associatives, n'aurait pas évolué depuis. One Voice dénonce fermement un revirement de l'État français, accusant les autorités de privilégier le delphinarium le plus maltraitant d'Europe. Muriel Arnal, présidente de l'ONG, fustige une décision politique qui risquerait d'envoyer les orques dans un lieu jugé inadapté par les scientifiques espagnols.
L'urgence sanitaire et le risque d'euthanasie
Le contexte est d'autant plus pressant que les bassins des orques, construits en 2021, présentent une dégradation structurelle avancée. Un rapport récent alerte sur leur fragilisation due à des mouvements du sous-sol, avec un risque d'effondrement à tout moment. Les experts signataires avertissent clairement : faute de pouvoir transférer en urgence les orques, la seule solution extrême envisagée serait l'euthanasie. Marineland insiste sur l'urgence de la situation, craignant pour la santé des cétacés, mais ne commente pas, s'en remettant à la décision prochaine du gouvernement.
Mobilisation des ONG et incertitudes sur les dauphins
Face à la crainte d'un transfert vers l'Espagne, One Voice annonce une mobilisation nationale dans les prochaines semaines, avec des actions d'information devant des lieux emblématiques et des représentations espagnoles. L'association appelle à une concertation européenne pour créer de véritables sanctuaires marins et relancer la piste canadienne, aujourd'hui à l'arrêt faute de décision politique. En parallèle, le sort des douze dauphins de Marineland pose question. Mi-février, le gouvernement avait acté un projet de centre dédié au ZooParc de Beauval, prévu pour 2027, mais selon l'ONG Tilikum Spirit, rien n'a commencé du côté du zoo de Beauval et aucun permis n'a été déposé depuis 2024.
Dans l'attente, Marineland prévoit des transferts temporaires vers l'Espagne : huit dauphins à Malaga et quatre à Valence, avec une promesse de retour ultérieur vers Beauval. Cette solution transitoire ne convainc pas les ONG, opposées à tout maintien en captivité. Quoi qu'il en soit, le temps presse : les transferts ne pourront se faire qu'en avion et avant la saison estivale, laissant planer le doute sur les dernières semaines des cétacés dans les bassins antibois.



