Le gouvernement accélère le transfert des orques de Marineland vers l'Espagne
En visite à Antibes ce vendredi, le ministre délégué à la Transition écologique Mathieu Lefèvre a clairement affirmé la volonté du gouvernement de transférer rapidement les deux orques et les douze dauphins de Marineland vers l'Espagne. Évoquant « une urgence absolue » face à la dégradation des bassins, il a déclaré que le maintien des animaux à Antibes n'était plus envisageable. Les ONG dénoncent déjà « un passage en force ».
Une visite sous le signe de l'urgence
Accompagné du directeur de Marineland Damien Montay et du directeur général Pascal Ferracci, le ministre a parcouru le site fermé au public depuis plus d'un an. Les fissures du béton, les tiges métalliques apparentes et les traces de corrosion ont servi de décor à cette visite. « Le statu quo condamnerait les deux orques à une mort certaine », a-t-il déclaré au bord du bassin des orques. « Compte tenu de l'état de dégradation des bassins, il faut agir vite et sortir de l'impasse. »
L'option espagnole privilégiée
Depuis des mois, l'avenir des cétacés de Marineland empoisonne le débat autour de la fin des spectacles dans les delphinariums français prévu par la loi de 2021. En l'absence de sanctuaire marin opérationnel, le gouvernement assume désormais clairement l'option espagnole : les deux orques doivent rejoindre le Loro Parque à Tenerife, tandis que les dauphins seront transférés dans deux autres structures espagnoles, de manière temporaire pour certains d'entre eux qui devraient ensuite rejoindre le centre pour dauphins captifs qui pourrait voir le jour à Beauval.
Interrogé sur la question des spectacles organisés dans les parcs espagnols, Mathieu Lefèvre a assuré que « la loi française de 2021 sera respectée au-delà des Pyrénées ». Selon lui, les autorités espagnoles disposent d'une législation « protectrice et respectueuse du bien-être animal ». « C'est une solution rapide, opérationnelle et respectueuse du bien-être animal, pas un pis-aller », a insisté le ministre.
Un transfert avant l'été
Le calendrier s'accélère. « C'est une question de semaines », assure le ministre. Même échéance du côté de Marineland, qui évoque la contrainte des fortes chaleurs estivales, susceptibles de compliquer un transfert par avion-cargo qui devrait coûter plusieurs centaines de milliers d'euros à répartir entre les deux parcs. « Il faut agir avant l'été », insiste Pascal Ferracci, le PDG de Marineland. Selon lui, les équipes du parc et les services de l'État ont travaillé pendant des mois pour trouver « la meilleure solution » pour des animaux nés et ayant toujours vécu en captivité.
Des soigneurs plus nuancés
Sur place, certains soigneurs historiques apparaissent beaucoup plus mesurés sur l'état réel des installations. L'un d'eux, présent depuis de longues années auprès des orques, reconnaît « des problèmes au niveau des bassins », mais assure que d'importants travaux sont menés depuis un an. « Les travaux s'arrêtent la semaine prochaine et les problèmes majeurs pour la santé des animaux ont été résolus. Contrairement à ce qui peut être dit, il n'y a plus de danger immédiat. »
En coulisses, plusieurs membres des équipes s'interrogent aussi sur le calendrier avancé pour un éventuel transfert des cétacés au cours du mois de juin. Selon eux, ces quelques semaines pourraient être insuffisantes pour préparer des animaux à une opération aussi lourde et éprouvante. Ils estiment qu'un départ après l'été offrirait davantage de garanties pour habituer progressivement les orques et les dauphins aux caissons de transport et aux procédures médicales nécessaires.
Les ONG vent debout
La prise de position du ministre a vivement fait réagir les associations, qui n'ont pas été conviées à cette visite ni consultées en amont. Mathieu Lefèvre leur a répondu frontalement : « Le risque serait de ne rien faire. Vous avez vu les blocs de béton, les tiges métalliques… Si on ne fait rien, on les condamne. Je ne prends pas ce risque et je suis certain que les ONG ne le veulent pas. Et nos amis espagnols ne sont pas moins-disants en matière de protection animale. »
Quarante salariés encore sur site
Depuis la fermeture du parc, une quarantaine de soigneurs et salariés restent mobilisés quotidiennement auprès des animaux. « Beaucoup ont vu naître ces orques et ces dauphins », souligne Pascal Ferracci, saluant leur professionnalisme et leur engagement. Au départ des animaux, le plan social engagé lors de la fermeture du parc devrait être réactivé.
Pour le maire d'Antibes, Jean Leonetti, présent à cette visite, « elle marque une étape importante pour sortir enfin d'une impasse devenue intenable. Le gouvernement a pris une décision courageuse concernant le transfert des orques et des dauphins vers l'Espagne. Ce n'est pas la meilleure solution, ce n'est même pas la moins mauvaise, c'est aujourd'hui la seule solution possible. » Il a ajouté : « Une nouvelle page doit désormais s'écrire. Avec les propriétaires du parc, nous travaillerons à l'avenir de ce site stratégique de l'est de la ville d'Antibes, dans le respect des contraintes environnementales et du risque inondation. »



