Sabrina Sebaihi propose une loi pour interdire la pub des produits ultratransformés visant les enfants
Loi contre la pub des produits ultratransformés pour enfants

Une proposition de loi pour protéger les enfants des publicités alimentaires nocives

« Pour une génération sans sucre. » Tel est le titre évocateur de la proposition de loi portée par Sabrina Sebaihi, députée EELV des Hauts-de-Seine. Ce texte ambitieux, examiné ce jeudi à l'Assemblée Nationale, vise à réglementer sévèrement la publicité des produits ultratransformés ciblant spécifiquement les enfants. Si elle est adoptée, cette législation pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier 2028, marquant un tournant dans la politique de santé publique française.

Des chiffres alarmants sur l'obésité infantile

Les statistiques récentes illustrent l'urgence de la situation. Selon une étude menée par l'UFC Que Choisir en 2020, pas moins de 76 % des publicités destinées aux enfants concernent la restauration rapide, les confiseries ou le chocolat. Ces données trouvent un écho inquiétant dans les rapports de Santé publique France : 17 % des enfants âgés de 6 à 17 ans sont en surpoids et près de 6 % souffrent d'obésité. Plus préoccupant encore, le nombre de jeunes adultes en surpoids a été multiplié par quatre au cours des vingt dernières années.

Interview exclusive avec la députée Sabrina Sebaihi

Comment envisagez-vous de réguler la publicité autour des produits ultratransformés ?

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« Actuellement, il n'existe aucune définition légale des produits ultratransformés. La Haute autorité de santé, l'Inserm et l'Anses travaillent donc activement à l'élaboration d'une définition stricte et précise. Notre objectif principal concerne tous les produits qui influencent directement les choix alimentaires des enfants, notamment les aliments excessivement sucrés et salés. Le sucre représente paradoxalement l'un des ingrédients les plus dangereux pour la santé, tout en étant l'un des moins réglementés. »

« Notre proposition inclut plusieurs mesures concrètes : imposer des emballages neutres pour ces produits, interdire les publicités télévisées entre 6 heures et 21 heures, réguler l'influence des réseaux sociaux et des influenceurs, et supprimer les publicités pour les fast-foods à proximité des établissements scolaires ainsi que les présentoirs attractifs dans les supermarchés. Nous visons l'ensemble des dispositifs publicitaires qui créent une habituation chez les jeunes consommateurs. »

Vous attendez-vous à de fortes résistances de la part des grandes marques ?

« Des résistances sont inévitables, c'est certain. Le Nutri-Score n'est toujours pas obligatoire aujourd'hui, et nous avons vu Danone le retirer de ses produits simplement parce que l'« Actimel goût fraise » avait obtenu une note dégradée. Nous ne pouvons pas nous reposer sur le volontariat des entreprises. Cependant, la société civile a progressé. Les enfants connaissent désormais le Nutri-Score et y sont réceptifs. »

« En commission, notre proposition de loi a été votée à l'unanimité. Certains collègues, dont nous pensions qu'ils s'opposeraient, ont même déposé des amendements pour rendre obligatoire l'affichage des aliments ultratransformés, y compris au sein du groupe LR. L'argument économique a probablement influencé certains députés. Le Trésor public estimait en 2016 le coût social de l'obésité à 11 milliards d'euros, un chiffre qui atteint aujourd'hui environ 20 milliards d'euros. »

Des mesures de ce type ont-elles déjà fait leurs preuves ailleurs ?

« Les pays nordiques sont nettement plus avancés que la France dans ce domaine. Récemment, début 2026, le Royaume-Uni a adopté une législation interdisant la publicité pour les produits ultratransformés destinés aux enfants avant 21 heures. Ce serait un signal extrêmement fort que la France, pays de la gastronomie par excellence, réglemente également en ce sens. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Vers une classification française des produits ultratransformés

Pour permettre aux chercheurs de finaliser une classification française spécifique des produits ultratransformés, la date d'entrée en vigueur a été fixée au 1er janvier 2028. Sabrina Sebaihi exprime l'espoir qu'après cette date, les entreprises investiront davantage dans la qualité nutritionnelle de leurs produits plutôt que dans des campagnes publicitaires massives. Cette loi représente une étape cruciale dans la lutte contre l'obésité infantile et la promotion d'une alimentation plus saine pour les générations futures.