Suspension et dissidence : la liste écologiste de Saint-Ouen en pleine tempête
Liste écologiste de Saint-Ouen : suspension et dissidence

Une liste écologiste controversée à Saint-Ouen

La publication tardive de la liste des Écologistes de Saint-Ouen pour les municipales a révélé une situation explosive. En quatrième position figure Driss Naïch, pourtant suspendu du parti pour dix-huit mois depuis le 8 janvier. Accusé de harcèlement, il a été recommandé à une formation de prévention contre les violences sexistes et sexuelles par le Conseil disciplinaire des Écologistes.

Un conflit judiciaire et politique

Driss Naïch dénonce une cabale "contre un homme racisé" et affirme n'avoir reçu "aucun document" pour se défendre. Le litige se poursuit au tribunal administratif, où lui et son avocate Sarah Bougrab, également militante écologiste, ont attaqué leur propre parti via un référé. La décision est attendue en mai.

Pour contourner sa suspension, Driss Naïch se présente comme "citoyen" et non militant. "C'est tellement grossier", soupire une cadre des Écologistes. "Difficile pour les Verts, localement, de se passer de son aura dans les quartiers", explique une militante locale. Indignés, trois écolos de Saint-Ouen ont rejoint la liste de La France Insoumise.

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Le bureau national des Verts voit rouge

En apprenant cette investiture discrète, le bureau national des Verts réagit vivement. Ses membres avaient pourtant demandé à la tête de liste, Sidonie Baignères, de ne pas inclure Driss Naïch. Au nom du secrétariat exécutif des Écologistes, le parti leur rappelle immédiatement par courrier cette interdiction et exige le retrait du logo des affiches.

Les dissidents refusent catégoriquement. Ils jugent le courrier "sans habilitation" et "sans fondement statutaire", et entendent poursuivre la campagne avec le logo des Verts, "valablement obtenu et n'ayant jamais été retiré". La liste ignore ainsi la décision d'un secrétariat exécutif composé de six personnes, dont Marine Tondelier, la cheffe des Écologistes.

Soutien régional puis revirement

Les forbans sont rapidement soutenus par le comité régional des Écologistes. Cependant, étrangement, le lundi 9 mars, le communiqué dudit comité régional avait disparu. Selon nos informations, le bureau national des Verts a serré la vis. À une semaine du premier tour, le parti envisage même une action judiciaire pour empêcher la liste d'utiliser leur logo.

La liste "Saint-Ouen on y tient" se plaint d'une "invisibilisation" de leur tête de liste et d'une "campagne de dénigrement massive – racisme, islamophobie", sans préciser en quoi il serait raciste ou islamophobe d'évoquer le maintien d'un militant suspendu sur une liste électorale.

L'alliance de 2020 vole en éclats

En 2020, la gauche était pourtant unie à Saint-Ouen, permettant de ravir la mairie à William Delannoy, maire de droite. Karim Bouamrane, socialiste, le remplace et devient une figure médiatique, tête de pont de la gauche anti-LFI. Pour gagner, il s'était allié aux Verts, alors que LFI n'existait pas localement.

L'affaire du "Sacré Spot"

L'idylle prend fin avec l'affaire du "Sacré Spot", un restaurant-boîte de nuit ouvert sans autorisation. Son gérant n'avait ni le droit d'accueillir du public, ni de licence pour vendre de l'alcool. Fermé par la préfecture, il entraîne des conséquences politiques.

En guise de punition, Karim Bouamrane retire ses délégations aux élus écolos, dont Driss Naïch, adjoint au commerce. Les gérants du "Sacré Spot" étaient ses proches, dont l'un employé municipal en charge des commissions de sécurité. Driss Naïch a nié être "à l'initiative du projet" et considère ces accusations "sans fondement et offensantes".

Rêve de revanche des Verts

Une fois éjectés de la majorité, les Verts rêvent d'une revanche pour destituer Karim Bouamrane. Pour cela, ils envisagent une alliance avec LFI, partageant un discours politique axé sur "la défense des racisés" plutôt que sur le nucléaire ou l'écologie planétaire.

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À la mi-2025, une alliance entre LFI et les Verts semble scellée, menaçant sérieusement Karim Bouamrane. Cependant, un épisode va semer la zizanie : la tête de liste choisie par les Écologistes, Sabrina Decanton, claque la porte en novembre 2025 sur fond d'accusations d'homophobie au sein de ses propres troupes.

Charte de mandature secrète et putsch

La rumeur d'homophobie se double d'une tentative de putsch fomentée par un cartel de cinq écolos, dont Driss Naïch. Fuit alors un projet ubuesque de charte de mandature secrète : si la maire était élue, elle s'engageait à consulter ces quatre militants pour chaque décision cruciale. Impensable pour Sabrina Decanton, qui prend la porte après avoir entendu ses compères la dénigrer lors d'une réunion Zoom.

LFI préfère éviter les Verts "radioactifs"

Face à ces accusations d'homophobie, contrat secret et militant suspendu, LFI hésite. Avant de s'allier, les Insoumis demandent aux Verts de faire le ménage. "LFI n'était pas très enclin à suivre les Verts. Il y avait trop d'alertes", assure une militante écolo. Les Insoumis, dont la campagne roule sans polémique, préfèrent éviter ces Verts qualifiés de "radioactifs".

Les Verts font donc cavalier seul, avec Sidonie Baignères comme tête de liste, l'une des cinq militants ayant voulu faire signer la "charte de mandature secrète" à Sabrina Decanton.

Une ville à potentiel pour la gauche

Il n'y aura donc pas d'alliance à gauche à Saint-Ouen, pourtant l'une des villes d'Île-de-France où les Écologistes réalisent leurs meilleurs scores, avec 13 % aux Européennes. "Une alliance LFI-Verts aurait pu challenger Bouamrane", soupire une cadre du parti.

À droite, l'ex-maire William Delannoy mise sur le vote des nouveaux arrivants. LFI, toujours en embuscade, compte sur son score de 64 % aux législatives. La candidate Manon Monmirel se présente en outsider, incarnant "la vraie gauche" face à Karim Bouamrane, accusé de "gentrification".

"La gentrification s'impose à toutes les villes de petite couronne", réagit l'entourage du maire, qui assume son côté "showman". Ses règlements de compte politiques, eux, n'ont pas fini de faire parler.