L'antifascisme radical étend son champ de lutte à l'infini
L'antifascisme contemporain, tel que pratiqué par des mouvements comme la Jeune Garde, connaît une extension considérable de son domaine d'action. Le logo même de cette organisation, avec ses trois flèches enfermées dans un cercle, symbolise cette évolution. Emprunté aux groupes de défense gravitant autour de la SFIO dans les années 1920-1930, cet emblème historique représente traditionnellement la lutte contre trois ennemis : la réaction, le nazisme et le stalinisme.
Une redéfinition élargie du fascisme
En 2026, cette conception apparaît totalement désuète. Les nazis authentiques ont pratiquement disparu, conduisant à une redéfinition élastique du terme pour désigner désormais « l'extrême droite » dans son ensemble. Les staliniens ne subsistent qu'à l'état résiduel. Reste donc « la réaction », notion particulièrement problématique puisque, pour la gauche de rupture incarnée par La France Insoumise et la Jeune Garde, tout ce qui se situe à leur droite devient soit « social-traître » (la social-démocratie), soit réactionnaire.
Cette évolution nécessite une réinterprétation fondamentale du fascisme lui-même. La Jeune Garde, depuis sa fondation en 2018, a théorisé une définition élargie qui dépasse le fascisme historique, phénomène circonscrit dans l'espace et le temps. Son manifeste établit explicitement la jonction entre la lutte contre le Rassemblement National et l'ultra-droite d'une part, et « la lutte contre toutes les formes de dominations et de discriminations » d'autre part.
L'intersectionnalité des luttes
Contrairement aux mouvements antifascistes des décennies 1980-1990, qui se concentraient sur un décryptage minutieux de la vie du Front National et des groupuscules d'extrême droite, la Jeune Garde s'inscrit résolument dans le champ de l'intersectionnalité des luttes. Le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme deviennent ainsi des déclinaisons contemporaines du fascisme.
Par symétrie, l'agenda décolonial, les droits des personnes LGBT, le féminisme radical et la cause palestinienne radicale (antisioniste et n'excluant pas la lutte armée) entrent dans le périmètre du combat « antifasciste ». La démocratie libérale et représentative, tout comme la laïcité, sont quant à elles considérées comme des « droits bourgeois », des paravents commodes cachant une complicité objective avec le fascisme contemporain.
Une vision idéologique du réel
Dans cette perspective, la droite dans son ensemble, et même le centre, deviennent des « alliés objectifs » d'une fascisation rampante de la société. Cette vision persiste malgré les travaux scientifiques qui démentent systématiquement ces affirmations. Comme dans la rhétorique communiste d'autrefois, l'idéologie prime sur la réalité observable.
Le manifeste de la Jeune Garde affirme sans ambiguïté : « La victoire sur le fascisme n'est pas possible à l'intérieur de la société capitaliste. Seul le renversement de la société capitaliste pourra permettre de le vaincre définitivement. » Cette position soulève des questions fondamentales sur les moyens de cette transformation : par le bulletin de vote ou par la violence inhérente à toute lutte des classes ?
La réactualisation du combat historique
Derrière cet antifascisme radical se profile une tradition bien établie : celle de rejouer sans cesse le combat de la Résistance. Comme la gauche prolétarienne des années 1970 qui se voyait en héritière des FTP et de la MOI, nombre d'antifascistes radicaux contemporains se perçoivent comme des combattants héroïques face au mal absolu.
Faute de nazis authentiques à combattre, le terrain des luttes se déplace significativement. Tout homme d'ordre devient un Pétain potentiel. Certains, dans la mouvance autonome dont sont issus les « black blocs », n'hésitent pas à « nazifier » la police, reprenant le slogan des gauchistes de Mai 68 : « CRS = SS ».
Cette reconfiguration permanente de la Seconde Guerre mondiale, conflit qu'ils n'ont pas vécu mais qui les obsède, pose des questions cruciales sur la nature même de l'antifascisme contemporain. Il devient dès lors nécessaire, peut-être naïvement, sans doute trop « bourgeoisement », de réaffirmer que c'est à l'État et à lui seul qu'incombe la responsabilité de maintenir l'ordre public face aux radicaux des deux camps, qui demeurent des minorités marginales dans le paysage politique français.



