Flying Whales face à la justice : la Sepanso attaque le projet de dirigeables en Gironde
La fédération d'associations environnementalistes Sepanso a engagé une bataille judiciaire contre le projet Flying Whales, qui vise à produire des aéronefs dirigeables pour le transport de marchandises à Laruscade, dans le nord de la Gironde. Le tribunal administratif de Bordeaux a examiné ce vendredi 27 février le recours de la Sepanso, mettant en lumière un conflit entre développement industriel et protection de l'environnement.
Deux recours déposés contre le projet
La Sepanso a déposé deux recours distincts à la fin de l'année 2025. Le premier, un recours au fond, conteste la déclaration d'utilité publique pour la création de la zone d'activité économique ainsi que l'autorisation environnementale accordée au projet. Ce recours met en cause plusieurs aspects critiques :
- Le déboisement prévu sur 75 hectares de terrain
- La destruction ou la dégradation de 39 hectares de zones humides
- Une dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces protégées
Le deuxième recours, un référé suspension, vise spécifiquement l'autorisation environnementale. La Sepanso estime qu'il existe une urgence à empêcher le défrichage du site, argumentant que les dommages environnementaux seraient irréversibles. C'est ce dernier recours qui a été audiencé ce vendredi et mis en délibéré par le tribunal, qui rendra sa décision dans les prochaines semaines.
David contre Goliath : Corinne Lepage défend Flying Whales
L'audience a été marquée par la présence de l'avocate Corinne Lepage, du barreau de Paris et ancienne ministre de l'Environnement, venue défendre non pas l'association environnementaliste mais le projet Flying Whales. Cette situation a suscité des réactions parmi les observateurs.
« Ils prennent Lepage contre la petite asso écologiste, c'est un peu David contre Goliath », a ironisé Patrick Maupin, porte-parole de la Sepanso, soulignant le déséquilibre apparent des forces en présence.
Un projet aux ambitions internationales
Le projet Flying Whales prévoit un calendrier ambitieux : début des travaux en 2026, premiers essais d'un prototype de dirigeable courant 2027, et vols commerciaux à partir de 2029. L'entreprise ne vise pas le transport de passagers mais se concentre sur le transport de marchandises lourdes, pouvant atteindre 60 tonnes, dans des zones difficiles d'accès où le transport routier est problématique.
Le projet bénéficie de soutiens substantiels :
- La Région Nouvelle-Aquitaine injectera 30 millions d'euros
- L'État français et la province de Québec participent également au financement
- À terme, Flying Whales prévoit deux autres usines au Québec et en Asie Pacifique
Arguments contradictoires sur les impacts environnementaux
Corinne Lepage a défendu avec conviction le projet, affirmant qu'« il coche absolument toutes les cases ». Elle l'a présenté comme « un projet d'envergure communautaire, d'intérêt national sur le plan de la souveraineté, de l'écologie, de l'industrie, mais aussi en termes économiques et sociaux ». Selon elle, « les impacts environnementaux sont limités et le niveau de compensation est à un niveau extrêmement important ».
Clément Barthe, directeur industriel du projet, a assuré qu'aucun travail n'aurait lieu avant la fin du mois d'août « pour respecter les périodes favorables à la biodiversité ».
Patrick Maupin conteste cette vision optimiste : « On oppose un intérêt stratégique national, voire européen, majeur, à la nature et l'environnement. Des espèces protégées, comme le vison d'Europe et la loutre, sont menacées, une zone humide également. Quel cadre de vie prépare-t-on aux gens de la région ? Il faut empêcher la poursuite des travaux ».
Le tribunal administratif de Bordeaux doit maintenant trancher ce conflit entre innovation industrielle et préservation écologique, dans une affaire qui dépasse les frontières de la Gironde pour toucher à des enjeux nationaux et internationaux.



