Fleur Breteau, Cancer Colère : « Le cancer est politique, les pouvoirs publics peuvent le prévenir »
À l'heure où un débat sans vote se tient à l'Assemblée nationale sur la loi Duplomb, obtenu grâce à une pétition de plus de deux millions de Français, Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère, publie un livre éponyme et expose, dans un entretien exclusif, les liens inextricables entre santé publique et modèle agricole, tout en pointant le retard considérable de la France sur ces questions.
Du cri de colère à l'engagement militant
En juillet 2025, Fleur Breteau s'est levée des bancs du public de l'Assemblée nationale, crâne nu, pour hurler sa colère au moment même où les députés applaudissaient le vote de la loi Duplomb. Depuis cet instant marquant, elle est devenue une figure emblématique de la lutte contre les pesticides et interpelle régulièrement les responsables politiques sur ce qu'elle qualifie d'« épidémie de cancers » frappant le pays.
Dans son ouvrage Cancer colère (éditions du Seuil, 270 pages, 19,50 euros), qui porte le nom du collectif qu'elle a créé, elle raconte avec une intensité poignante comment, entre les consultations à l'Institut Gustave-Roussy et le « brouillard » mental induit par les chimiothérapies, elle a cherché à comprendre les liens profonds entre sa maladie et la « violence chimique » des pesticides. Cette quête de sens l'a finalement conduite à politiser publiquement les causes du cancer, transformant son expérience personnelle en un combat collectif.
Une prise de conscience progressive et douloureuse
À quel moment avez-vous pris conscience des liens entre la maladie et les enjeux environnementaux ? interroge-t-on Fleur Breteau. « Quand j'ai été diagnostiquée de mon premier cancer, en juillet 2021, je me suis rendu compte qu'on était nombreux à être atteints : des amis de 45-50 ans comme moi, ou plus jeunes, des relations professionnelles… », explique-t-elle. Elle ajoute : « Je savais depuis longtemps que les scientifiques reliaient les cancers à la pollution de l'air et à d'autres facteurs environnementaux, mais je ne suis pas allée plus loin dans la réflexion. À l'hôpital, on est chacun dans le tunnel de sa maladie. Les questions environnementales ne sont pas un sujet. »
Le déclic survient avec son deuxième cancer, diagnostiqué trois ans plus tard. « Je me suis d'abord demandé ce que j'avais pu faire de mal pour en avoir un nouveau, j'ai pensé au stress du premier. Les malades se sentent souvent coupables parce que personne ne parle des causes environnementales », confie-t-elle. Puis, elle découvre avec stupeur que les scientifiques considèrent désormais cette maladie comme une véritable épidémie dans les pays occidentaux, car elle augmente dans toutes les classes d'âge de la population.
Des chiffres alarmants qui appellent à l'action
Fleur Breteau souligne des données effrayantes : l'incidence, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas de cancer, a doublé depuis 1990. Cette hausse concerne également les enfants et les jeunes adultes âgés de 15 à 39 ans, révélant une tendance inquiétante et généralisée. Pour elle, ces statistiques ne sont pas une fatalité, mais le résultat d'un manque de volonté politique.
Son livre se présente ainsi comme un témoignage puissant sur les ressorts intimes de l'engagement citoyen et sur l'urgence absolue de redonner à la santé publique une place centrale dans le débat politique. Elle y dénonce avec véhémence l'inaction des pouvoirs publics, qui, selon elle, ont les moyens de prévenir de nombreux cancers en régulant strictement l'usage des pesticides et en réformant en profondeur le modèle agricole dominant.
À travers son parcours et son militantisme, Fleur Breteau incarne une colère légitime et un appel pressant à une prise de conscience collective. Son message est clair : le cancer n'est pas seulement une affaire médicale, c'est un enjeu politique majeur qui exige des actions concrètes et immédiates pour protéger la santé de tous.



