Fabien Ruet, de l'opposition à la mairie de Bergerac : portrait d'un élu de gauche
Fabien Ruet, nouveau maire de Bergerac : un parcours politique

Fabien Ruet, de l'opposition à la mairie de Bergerac : un parcours politique marqué

Enfant de Bergerac et militant de gauche, Fabien Ruet s'installe dans le fauteuil d'édile ce vendredi 27 mars, à l'occasion du premier Conseil municipal de la nouvelle mandature. Dimanche 22 mars, sa liste d'union de gauche a largement remporté le scrutin des municipales à Bergerac, en Dordogne, avec 43,81 % des votes, devançant le maire sortant Jonathan Prioleaud qui obtenait 29,47 %.

Un Bergeracois pur souche

Une chose est certaine : l'homme a la cité de Cyrano chevillée au corps. Il y est né, y a grandi et y a fait toute sa scolarité : école Pauline-Kergomard, collège Henri-IV, lycée Maine-de-Biran. Il ne quitte sa ville natale que pour ses études supérieures, fréquentant les instituts de science politique de Toulouse puis Bordeaux, avant la Sorbonne à Paris.

À 46 ans, il devient le nouveau maire de Bergerac après un parcours brillant où il fut systématiquement major de sa promotion, ce qui le conduisit aux portes du doctorat. Il renonce cependant à la carrière universitaire pour revenir en Périgord et travailler au Département, à la tête du service agriculture. Depuis 2007, il est chargé de mission au chevet des paysans en difficulté.

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« Je les accompagne pour qu'ils aient accès au RSA et qu'ils s'en sortent », résume le futur édile, qui souhaite garder un pied dans ce service, à temps partiel, pendant sa mandature.

Un engagement politique précoce

Vite passionné par la politique, le jeune Fabien Ruet milite à gauche. Il prend des responsabilités chez les Jeunes Socialistes dès 2001. En 2008, après avoir fait campagne pour Dominique Rousseau lors des municipales à Bergerac, il est élu dans son équipe et s'occupe de la politique de l'urbanisme.

« Il a repris avec beaucoup de maîtrise et de rigueur le programme de rénovation urbaine [dit Anru] qui avait démarré sous le mandat de Daniel Garrigue et que nous avons terminé », se souvient l'ancien maire socialiste. « Les barres d'immeubles ont été rasées à La Catte, Naillac et Beauplan pour reconstruire du neuf, en veillant à la mixité sociale. »

Douze années dans l'opposition

En 2014, Rousseau est battu, Daniel Garrigue revient aux affaires et l'élu Ruet passe dans l'opposition. Il y reste douze ans, développant une réputation d'opposant critique mais constructif.

« C'était un opposant assez critique, qui aimait bien attaquer, mais avec un réel talent oratoire et un argumentaire construit », se souvient Daniel Garrigue. « On s'affrontait régulièrement : sur la loi Robien, car il trouvait qu'on avait trop laissé la main aux promoteurs ; sur le parking de la place de la République, les ronds-points, etc. Il m'accusait d'être un maire bâtisseur de l'horizontal. »

Les épreuves et la résilience

En 2018, son passage à la tête de l'Association d'aide à domicile aux personnes âgées (Adpa), placée en redressement cette année-là, fait polémique. On lui reproche d'y avoir placé ses proches. « Tout ça, ce sont des calomnies, un jeu politique », avait balayé l'intéressé.

En 2015, Fabien Ruet échoue aux départementales et annonce dans la foulée sa candidature aux municipales de 2020. Mais rien ne se passe comme prévu lors de ce scrutin sous Covid-19. Les accords de circonstances ne font que des mécontents chez ses alliés potentiels : communistes, insoumis, écologistes, macronistes et même socialistes. Certains lui prédisent une « traversée du désert » après sa défaite face à Jonathan Prioleaud.

Lors de ce nouveau mandat sur les bancs de l'opposition, le socialiste monte systématiquement au créneau : sur la fermeture de l'école Romain-Rolland, aux côtés des commerçants pendant les travaux de la halle, pour défendre La Traverse menacée de délocalisation. Plus largement, il dénonce les projets « bling-bling » de l'équipe en place, au détriment de la politique sociale et du quotidien (voirie, logements…).

L'union qui fait la force

Les victoires du RN aux législatives de 2022 puis de 2024 sont un électrochoc pour la gauche bergeracoise, qui en tire les leçons : sans union, pas de salut.

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Dès la rentrée 2023, Fabien Ruet se lance dans une campagne qui ne dit pas son nom. Peu à peu, il parvient à s'imposer comme le candidat de cette union de la gauche. Même l'ancien premier magistrat, Daniel Garrigue, le rejoint. Seule La France insoumise claque la porte au dernier moment.

Les défis à venir

Après la victoire, le plus dur reste à faire. « Il a gagné en maturité politique », juge Daniel Garrigue. « Et il a les qualités pour être maire. Maintenant, il faudra à la fois des objectifs clairs, une certaine fermeté, tout en étant capable de dialoguer avec tout le monde. »

« Il a beaucoup appris de ses échecs », juge l'entrepreneur et ancien élu Christophe Fauvel. « Il n'a rien lâché. Maintenant, il lui faut jouer collectif, montrer qu'il peut embarquer tout le monde. Il est compétent, mais réussir seul ne sert à rien. Il faut éviter ce piège, qu'il a vu chez son prédécesseur. »

Ce vendredi 27 mars marque donc un tournant dans la vie politique de Bergerac, avec l'arrivée d'un maire qui connaît intimement sa ville et qui a su transformer douze années d'opposition en atout pour construire une majorité solide.