Extrême gauche et extrême droite : une haine symétrique et une même cage idéologique
Extrême gauche et extrême droite : une haine symétrique

La découverte des extrêmes politiques à l'aube de l'âge adulte

À vingt ans, fraîchement sorti de trois années passées dans le monde clos des classes préparatoires littéraires, je plongeais à la fois dans le grand bain universitaire et dans celui de l'engagement politique. Une immersion par procuration, car personnellement, je n'ai jamais milité que pour des causes dites « humanitaires ». Pourtant, ces années formatrices m'ont offert une connaissance intime de la radicalité idéologique, à travers la fréquentation de nombreux militants d'extrême gauche et d'extrême droite.

L'entre-deux-tours de 2002 : un révélateur troublant

Le moment le plus marquant fut sans conteste l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2002. J'ai alors observé ces deux clans, pourtant animés d'une haine féroce l'un pour l'autre, avoir la même idée « géniale » : voter pour Jean-Marie Le Pen. Leur raisonnement ? Créer le chaos, tout brûler pour repartir sur des bases saines et vraiment changer les choses. Ils se référaient à la « stratégie du choc » ou des concepts similaires. En croyant être aux antipodes, ils se retrouvaient en réalité main dans la main, à foncer droit dans le mur.

Une obsession commune pour l'affrontement

Toute l'année précédente, d'autres signaux m'avaient alerté. Mes camarades de l'époque – dont de nombreux travaux scientifiques expliquent l'attrait de la radicalité chez les jeunes hommes par des promesses de dividendes reproductifs – consacraient une part considérable de leur temps libre à organiser des affrontements plus ou moins réguliers. Là où les politiquement modérés dépensaient leur énergie dans le sport, les militants des extrêmes le faisaient en se cherchant pour en venir aux mains.

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Officiellement, ils se haïssaient. En pratique, ils ne pouvaient vivre les uns sans les autres. Ils trouvaient dans cet antagonisme perpétuel le sens même de leur existence. Que le théoricien Carl Schmitt, membre du parti nazi de 1933 à 1936, fascine autant les théoriciens d'extrême droite que d'extrême gauche n'est pas un hasard. Sa vision de la politique comme division du monde entre amis à flatter et ennemis à abattre exerce une force magnétique qui rapproche les deux extrémités du fer à cheval politique.

Le désir mutuel des extrêmes

Les extrêmes ne se contentent pas de se renforcer mutuellement ; ils se désirent. L'un a un besoin vital de l'autre pour exister. L'extrême gauche a besoin de la menace d'un fascisme rampant pour justifier son sectarisme. L'extrême droite, elle, doit se raconter des histoires de chaos multiculturaliste pour légitimer sa brutalité. Chacun brandit l'autre comme preuve vivante que la modération est une trahison. Ils se toisent comme des boxeurs qui s'insultent avant le combat, mais savent pertinemment que sans adversaire, il n'y a pas de spectacle.

Une communauté de structure mentale

Si de nombreuses études et chiffres sont venus confirmer ces observations par la suite, voici ce que j'ai commencé à comprendre concrètement à vingt ans et quelques. La haine symétrique entre extrême gauche et extrême droite ne traduit pas tant une divergence d'idées qu'une communauté de structure mentale. Ils partagent un même goût pour l'absolu, une même soif de pureté – des traits parfaitement inadaptés à la complexité et au chaos authentique du réel.

Le doute, la nuance, l'hésitation, l'inconfort du compromis ne sont pas des faiblesses ou des solutions de dernier recours. Ils constituent une force et un atout précieux si l'on nourrit la modeste ambition d'empêcher le désaccord de se transformer en guerre sainte.

La radicalité n'est pas le courage

À vingt ans, j'ai vu des jeunes gens persuadés de renverser le système alors qu'ils n'en reproduisaient que le schéma le plus archaïque : le clan contre le clan. Il est essentiel de réaliser que la « radicalité » n'est pas synonyme de courage. Dans le meilleur des cas, elle en est une contrefaçon. Il n'y a pas de véritable liberté sans le refus de choisir son camp lorsque les camps se ressemblent autant. Et il faut se souvenir d'une vérité fondamentale : en éclatant la tête de quelqu'un, on ne lui a pas répondu. On a simplement fermé toute possibilité de dialogue et de compréhension.

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