L'extrême droite radicale : un paysage fragmenté entre chapelles et porosité
Extrême droite radicale : chapelles fragmentées et porosité

L'extrême droite radicale : un univers fragmenté aux frontières poreuses

L'agression mortelle de Quentin Deranque à Lyon la semaine dernière a mis en lumière les parcours complexes au sein de la mouvance d'extrême droite radicale. Ce jeune homme de 23 ans, catholique pratiquant et traditionaliste, prônait un « militantisme pacifique » selon son avocat familial, mais son parcours illustre une porosité significative entre des chapelles pourtant distinctes. Frappé violemment en marge d'une conférence de l'eurodéputée insoumise Rima Hassan – par des activistes antifascistes selon le collectif identitaire Némésis –, il avait gravité dans différents cercles de l'ultradroite.

Un paysage morcelé : des chapelles aux ADN distincts

« L'ultradroite ou l'extrême droite extraparlementaire est morcelée en une foule de chapelles qui comprennent tous les étages de la radicalité politique », explique le politologue Jean-Yves Camus, qui estime entre 3 000 et 4 000 le nombre de militants. Parmi eux, « très peu » de « néonazis » et « skinheads néonazis », note ce spécialiste. « La majorité » des militants gravitent autour du mouvement identitaire, caractérisé par « une définition plutôt ethnique » de l'identité.

Ce mouvement, apparu au début des années 2000 selon la chercheuse Marion Jacquet-Vaillant, repose sur ce que les militants nomment un « triptyque identitaire » : « Par exemple, un individu est à la fois, Niçois ou Breton, Français et Européen », excluant ainsi « toute notion d'assimilation ». Quentin Deranque faisait partie du service d'ordre de Némésis lors de son agression, selon le collectif.

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Les nationalistes-révolutionnaires ont quant à eux défrayé la chronique en 2013 avec la mort de l'« antifa » Clément Méric, tué par des skinheads liés au groupuscule Troisième Voie, ensuite dissous. Leur idéologie combine « une forme de populisme anticapitaliste, souvent antisémite », résume Jean-Yves Camus, mêlant « nationalisme, affirmation identitaire, et focalisation sur la question sociale ». Le groupe lyonnais Audace affirme que Quentin était un de leurs « sympathisants ».

Le jeune homme a également fréquenté l'Action française, mouvement royaliste fondé en 1899, dont les militants « insistent beaucoup sur la formation doctrinale ». Son parcours reflète « une certaine forme de nomadisme politique », observe le politologue, avec de très jeunes militants « qui peuvent naviguer d'un mouvement à l'autre avant de se poser quelque part ».

Le rapport complexe à la violence politique

« Les royalistes de l'Action française n'utilisent pas la violence, ils ne disposent pas d'une milice privée », souligne Jean-Yves Camus, précisant que la direction du mouvement ne se porte « pas plus mal » de voir partir certains éléments plus enclins à « l'engagement de rue ». Bien que « beaucoup » d'observateurs classent ce mouvement à l'ultra-droite, « le renseignement n'a jamais envisagé » sa dissolution.

Après la tentative d'assassinat de Jacques Chirac en 2002 par Maxime Brunerie, membre d'Unité radicale, les identitaires ont renoncé à un « usage politique de la violence », selon Marion Jacquet-Vaillant. Ils ont adopté « l'agit-prop », se présentant comme « le Greenpeace de la droite nationale ». Les actions coup de poing se sont multipliées :

  • Occupation d'un chantier de mosquée à Poitiers en 2012 par Génération identitaire
  • Banderole à connotation raciste visant la chanteuse Aya Nakamura en 2024 par Les Natifs

Pour les identitaires, la violence peut être légitime en situation d'« auto-défense ». « Ils vont se former à la boxe en particulier, pour être en situation de répondre à la violence de la société, dans le cadre militant et hors du cadre militant », explique la chercheuse.

Les nationalistes-révolutionnaires ont vu certains membres condamnés après des affrontements violents, « notamment sur Lyon » et à Paris après la mort de Clément Méric, conduisant à des dissolutions comme celle de Bastion social.

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Dissolutions et recomposition permanente

« Les deux mandats d'Emmanuel Macron ont été les plus riches de l'histoire de la Ve République en termes de dissolution de groupes d'ultradroite », constate Jean-Yves Camus, mais cela « ne supprime jamais le problème ». La « répression » renforce même un « sentiment d'appartenance » des militants « à une même grande famille ostracisée ».

Depuis la vague de dissolutions, l'extrême droite radicale « a opéré par scissiparité », avec « une kyrielle de groupuscules locaux » souvent peu nombreux. La cartographie établie par StreetPress recense plus de 320 antennes en France, désormais implantées même en Bretagne, région « traditionnellement épargnée ».

Cette fragmentation et cette porosité entre chapelles continuent de façonner un paysage militant complexe, où les parcours individuels comme celui de Quentin Deranque révèlent les dynamiques d'un univers en perpétuelle recomposition.