Une loi écologiste adoptée contre l'avis du gouvernement
Dans une ambiance chargée d'émotion, sous le regard d'Ouassila Benhamdi Kessaci, mère doublement endeuillée, l'Assemblée nationale a voté jeudi 12 février 2026 à l'unanimité pour étendre la protection des lanceurs d'alerte contre le narcotrafic. Ce vote historique est intervenu lors de la niche parlementaire des écologistes, contre l'avis explicite du gouvernement.
Un dispositif élargi pour les personnes non impliquées dans des procédures judiciaires
Placée en première position de la journée annuelle réservée aux écologistes dans l'hémicycle, cette proposition de loi planifie d'étendre significativement le dispositif de protection existant. Le texte vise spécifiquement les victimes, témoins et repentis qui ne sont pas impliqués dans une procédure judiciaire en cours, comblant ainsi une lacune importante dans le système actuel.
La députée Sandra Regol (écologiste), à l'origine de cette proposition, a défendu ardemment son texte dans l'hémicycle : « Nous pouvons envoyer un message aux trafiquants, à ceux qui violentent, à ceux qui tuent. En donnant à celles et ceux qui parlent et agissent aujourd'hui sans cadre et sans protection, une protection adaptée pour continuer à le faire ».
Des mesures de protection concrètes
Le texte prévoit un éventail de mesures de protection qui pourraient être mises en œuvre :
- Inscription sur une liste prioritaire pour les communications téléphoniques
- Attribution d'une identité d'emprunt dans les cas les plus graves
- Mise en place d'une protection rapprochée
- Fourniture d'un téléphone grave danger
Ces mesures seraient appliquées par les services locaux de police et de gendarmerie, avec la possibilité de saisir un « service national » lorsque « le caractère sérieux de la menace le justifie ».
L'opposition ferme du ministre de l'intérieur
Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, présent à l'Assemblée nationale le 11 février 2026, s'est prononcé catégoriquement contre cette proposition. Il a estimé que « au-delà de l'intention », qu'il qualifie de « louable », l'État « garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée », que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif.
Selon le ministre, ce texte ferait même courir un « risque » d'affaiblir les dispositifs déjà existants. Malgré cette opposition, il a adressé son soutien à Ouassila Benhamdi Kessaci, qui vit elle-même sous protection policière après l'assassinat de son fils Mehdi.
Le drame de la famille Kessaci
Le cas de la famille Kessaci illustre tragiquement les lacunes du système actuel. Amine Kessaci, militant écologiste engagé contre le narcotrafic et candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, a dû être exfiltré d'un meeting à Aix-en-Provence début février suite à une alerte de sécurité.
Sa mère, Ouassila Benhamdi Kessaci, a exprimé sa douleur lors d'une conférence de presse après le vote : « La première fois qu'Amine a eu des menaces, c'était au mois d'août, ils ont protégé Amine, ils nous ont laissé nous. On n'a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant ils le savaient tous ».
Mehdi Kessaci est mort en novembre 2025 dans ce qui semble être un « crime d'intimidation », cinq ans après l'assassinat de son frère Brahim. La mère de famille, les larmes aux yeux, a lancé un cri du cœur : « On doit dire stop à la criminalité. Ils donnent des armes aux enfants de 14 ans pour tuer, et après ils se font tuer et se font calciner ».
Un vote politique divisé
La proposition de loi a été adoptée en première lecture avec les voix de la gauche. Le reste de l'hémicycle s'est majoritairement abstenu, affirmant partager l'objectif du texte mais doutant de l'efficacité du dispositif proposé.
Certains députés, comme Michaël Taverne (Rassemblement national), ont reproché au groupe écologiste de vouloir « se donner bonne conscience » avec ce texte, les accusant de voter systématiquement contre tout moyen supplémentaire donné à la police pour lutter contre le narcotrafic.
La suite de la niche parlementaire écologiste
La journée consacrée aux textes des écologistes promet d'être agitée. Plusieurs sources parlementaires anticipent que les débats n'iront probablement pas au-delà de la deuxième ou troisième proposition de loi sur un total de neuf.
Les prochains textes à l'étude portent sur :
- La protection de l'eau potable
- La concentration des médias
Ce vote historique sur la protection des lanceurs d'alerte contre le narcotrafic marque ainsi le début d'une journée parlementaire intense, où les questions de sécurité et de protection des citoyens engagés contre le crime organisé restent au cœur des préoccupations.



