Charente-Maritime : le préfet Brice Blondel lance ExpoScan pour étudier cancers pédiatriques et environnement
ExpoScan : enquête sur cancers pédiatriques et environnement en Charente-Maritime

Charente-Maritime : une enquête scientifique inédite sur les cancers pédiatriques et l'environnement

Le préfet de Charente-Maritime, Brice Blondel, s'exprime dans les colonnes de Sud Ouest au sujet du nouveau programme scientifique ExpoScan. Cette initiative ambitieuse relance avec force la question complexe des liens potentiels entre l'exposition environnementale et les cas de cancers, particulièrement chez les enfants dans la région de la plaine d'Aunis.

Une priorité politique et humaine

Dès son arrivée en poste, le dossier des cancers pédiatriques dans la plaine d'Aunis a capté l'attention du préfet Brice Blondel. Il explique que cette question constitue « une des priorités de mon action », soulignant qu'il serait « sourd et aveugle aux inquiétudes de nos concitoyens » pour considérer ce sujet comme purement technique. Pour lui, il s'agit d'un « sujet politique au sens noble du terme », où le représentant de l'État a un rôle crucial à jouer dans l'accompagnement des populations concernées.

Bien que non obligé de s'en saisir formellement, contrairement à des domaines comme la sécurité, le préfet a choisi de s'impliquer personnellement après avoir été interpellé par les associations et les élus locaux. « La force de ces questionnements au sein de notre société est telle que, ne pas regarder ce sujet, c'est juste passer à côté du ballon quand on joue un match de foot », affirme-t-il, reconnaissant le caractère clivant du débat qui oppose parfois le monde agricole aux défenseurs de l'environnement.

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ExpoScan : une démarche innovante et collective

Le programme ExpoScan, annoncé la semaine dernière, se présente comme une vaste enquête à la fois sociologique et scientifique. Son objectif principal est de comprendre s'il existe des liens avérés entre l'exposition environnementale et les regroupements de cas de cancers pédiatriques observés localement.

Cette démarche est présentée comme inédite car, alors que les autorités nationales de santé considèrent d'un point de vue strictement scientifique qu'il n'y a pas de clusters de cancers pédiatriques en plaine d'Aunis, les questions soulevées depuis 2018 par l'association Avenir Santé Environnement restent en suspens. « Nous considérons aujourd'hui qu'il y a lieu de dire autre chose que 'ce n'est pas scientifique' », explique le préfet.

Un consortium d'acteurs s'est donc constitué, rassemblant le CHU de Poitiers, la Ligue contre le cancer, l'Agence régionale de santé, le laboratoire Qualyse, la préfecture et l'Agglomération de La Rochelle. Ensemble, ils ont décidé de mettre en commun leurs financements pour monter un groupe de travail qui prendra la forme d'une thèse sur trois ans. « C'est vrai que l'on bouscule un peu les habitudes », reconnaît Brice Blondel, en référence aux études habituelles de Santé Publique France qui mobilisent des moyens bien plus importants.

Un tournant dans l'approche des questionnements citoyens

Le préfet insiste sur le fait qu'ExpoScan ne marque pas nécessairement un tournant dans la reconnaissance d'un problème spécifique lié aux pesticides, mais plutôt un changement de méthode dans la manière d'aborder les inquiétudes des citoyens. « Ce projet de recherches marque un tournant dans la manière dont on peut aborder les questionnements de nos concitoyens, prendre en compte leurs angoisses », précise-t-il, tout en évitant de donner de faux espoirs sur les conclusions futures.

Il rappelle que les cancers observés à Saint-Vivien ne sont pas de la même nature que ceux de Saint-Rogatien, soulignant ainsi la complexité des facteurs en jeu. « Pesticides dans la plaine d'Aunis, ok, mais quelle est la part des autres facteurs ? » L'ambition est de « remettre un peu de sciences dans ce débat » et d'y répondre avec sérénité.

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La mobilisation citoyenne et l'implication des agriculteurs

Ce programme intervient après des années de mobilisations citoyennes, notamment portées par l'association Avenir Santé Environnement. Le préfet reconnaît le rôle des lanceurs d'alerte, dont les signaux doivent parvenir aux décideurs. « Bien évidemment, ces alertes citoyennes participent de la volonté des pouvoirs publics de se mobiliser », admet-il, tout en affirmant que « quelque chose est en train de changer : on cherche plus à accompagner la mobilisation citoyenne plutôt que la combattre ».

Concernant l'implication du monde agricole, Brice Blondel précise que la Chambre d'agriculture fait partie des entités associées au pilotage global du projet, même si elle ne figure pas parmi les vingt membres du comité de pilotage. « Je ne résume pas le sujet des cancers pédiatriques dans la plaine d'Aunis au seul sujet des pesticides », déclare-t-il, tout en n'excluant pas un lien potentiel. Les agriculteurs seraient favorables à une approche scientifique apaisée, non militante, selon lui.

Une action qui ne se limite pas à l'étude

Face aux critiques qui pourraient voir dans cette nouvelle étude de trois ans une manière de gagner du temps, le préfet rappelle que des actions concrètes sont déjà en cours. « Chaque année, il y a des molécules qui sont interdites en France ou en Europe. L'action est déjà en marche », affirme-t-il.

Dans le département, plusieurs mesures de réduction des expositions aux polluants ont été engagées, notamment une stratégie renforcée de protection des captages d'eau potable et un accompagnement des cultures à bas niveau d'intrants. Un projet de filière chanvre autour de la Trézence, représentant 8 millions d'euros d'investissements, est également en cours de finalisation.

Brice Blondel conclut en réaffirmant sa foi dans « l'intelligence collective territoriale », soulignant que des projets collectifs associent déjà de nombreux partenaires autour d'objectifs communs de préservation de l'environnement, tout en prenant en compte les impacts sociaux et économiques.