Un long combat judiciaire à Escout
Les riverains de la zone d'activité du Gabarn, située à Escout près d'Oloron dans les Pyrénées-Atlantiques, sont engagés dans un conflit durable avec une centrale d'enrobés installée à proximité de leurs habitations. Ce différend a connu un épisode judiciaire crucial le mercredi 18 mars, lorsque le tribunal administratif a examiné les recours déposés par une vingtaine de plaignants, incluant des résidents et des associations environnementales.
Les conclusions défavorables de la rapporteuse publique
Après deux heures d'audience consacrées à plusieurs dossiers distincts, la rapporteuse publique a présenté ses conclusions, qui orientent généralement la décision des magistrats. Elle a proposé de débouter les plaignants sur la grande majorité de leurs demandes. L'association Pyrénées rebelles, par exemple, devrait être déboutée de son recours contre le permis de construire initial en raison d'un problème de délai de dépôt.
Vanessa Lemaistre, présidente de Pyrénées rebelles, explique : « Avec l'association Sentinelles du Gabarn, nous contestons également le permis d'exploitation et l'arrêté correspondant. Notre avocate a demandé un renvoi pour réaliser des analyses plus approfondies, afin d'obtenir une nouvelle étude des risques. Les juges devront aussi se prononcer sur cette requête. Nous aurons les réponses dans environ un mois. »
Nuisances olfactives et inquiétudes sanitaires
Les riverains dénoncent principalement des nuisances olfactives générées par la centrale, exploitée par les entreprises Laborde et Vinci sous le nom Enrobés du Haut-Béarn. Gérard Portet, riverain et président des Sentinelles du Gabarn, témoigne : « Les premières analyses seraient convenables mais n'intègrent pas la nuisance olfactive. À Lacq, ils ont de gros soucis avec ça. Parfois, c'est tellement insupportable qu'on doit fermer portes et vitres. »
L'avocat représentant la société et la mairie d'Escout, dont les arrêtés sont attaqués, a fourni au tribunal une étude de dispersion indiquant que les dangers d'exposition restent en dessous des seuils problématiques. Cependant, la rapporteuse a critiqué l'imprécision de l'entreprise concernant ses capacités techniques et financières, notamment sur les mesures prévues en cas de cessation d'activité et de nettoyage du site.
La crainte d'une décote immobilière
Un autre sujet majeur préoccupe les habitants : l'impact de la centrale sur la valeur de leurs biens immobiliers. Gérard Portet précise : « On a interrogé le fisc à ce sujet, qui nous a répondu qu'il fallait traiter avec la mairie. Or cette dernière ne peut pas se permettre de réduire ses bases d'imposition. C'est un nouveau blocage. Pour ceux qui se trouvent tout à côté de la centrale, la décote est claire. »
Les perspectives de recours futurs
Si le tribunal administratif suit les conclusions de la rapporteuse et déboute effectivement les riverains, ces derniers pourraient se tourner vers une procédure pénale pour faire valoir leurs griefs concernant les nuisances. Gérard Portet résume amèrement la situation : « On est sous les effets des doubles rejets : du bitume et du tribunal. » Ce conflit illustre les tensions croissantes entre développement économique et qualité de vie dans les zones rurales, mettant en lumière les défis de la cohabitation entre industries et populations locales.



