Bugs Matter : l'appli qui compte les insectes écrasés sur les plaques d'immatriculation
Bugs Matter : compter les insectes écrasés sur les plaques

Une application révolutionnaire pour quantifier les insectes

« On s'interdisait auparavant des programmes que l'on considérait un peu morbides, comme de compter les animaux morts au bord des routes. Néanmoins, l'idée de cette application est tellement géniale que l'on a sauté le pas », confie avec enthousiasme Grégoire Loïs, co-directeur de Vigie-Nature. Lancée en France au printemps 2026, l'application Bugs Matter propose une méthode innovante pour aider la science à évaluer les populations d'insectes.

Comment fonctionne cette initiative scientifique participative ?

Bugs Matter est une application gratuite et simple d'utilisation qui invite les automobilistes à photographier leur plaque d'immatriculation après chaque trajet. L'objectif : compter le nombre d'insectes qui viennent s'écraser sur ces surfaces standardisées de 580 cm² durant les déplacements routiers. Moucherons, petits coléoptères, cyrphes, guêpes, abeilles et papillons de nuit sont ainsi involontairement recensés par cette méthode originale.

Vigie-Nature : vingt ans d'expertise en sciences participatives

Depuis deux décennies, Vigie-Nature, programme co-porté par le Muséum d'Histoire naturelle, mobilise des milliers de citoyens pour différents recueils de données environnementales. « 50.000 personnes et 12.000 élèves s'impliquent chaque année dans nos différents programmes », se félicite Anne Dozières, directrice de Vigie-Nature. Les participants observent, effectuent des relevés et transmettent des informations qui permettent d'établir des indicateurs précieux pour les politiques publiques.

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Un partenariat international pour une mission cruciale

Pour cette nouvelle mission de quantification des insectes en France, Vigie-Nature a noué un partenariat avec les organisations britanniques Buglife et Kent Wildlife Trust. Ces deux associations, respectivement dédiées à la conservation des invertébrés et à la protection de la nature, ont développé l'application Bugs Matter (traduction : Les insectes, ça compte !). Leur approche utilise les plaques minéralogiques comme outils de mesure standardisés.

Un potentiel de collecte de données colossal

« Avec Bugs Matter, nous tablons sur des milliers et milliers de participants qui vont parcourir des millions de kilomètres », explique Grégoire Loïs. Avec 40 millions de voitures en France parcourant en moyenne 11.500 km chacune par an, soit un total de 500 milliards de kilomètres, le potentiel de collecte massive de données est immense. Cette initiative s'inscrit dans un contexte d'urgence, alors que des études montrent une diminution alarmante des populations d'insectes.

Mode d'emploi simplissime

L'utilisation de l'application est d'une simplicité remarquable :

  1. Nettoyer sa plaque d'immatriculation avant le départ
  2. Lancer un trajet sur son smartphone via l'application
  3. Photographier sa plaque à l'arrivée
  4. Partager la photographie dans Bugs Matter

L'intelligence artificielle intégrée à l'application se charge ensuite de compter les impacts et d'établir une cartographie précise. Même les trajets sans le moindre impact doivent être documentés, précise Grégoire Loïs, car ces données négatives sont tout aussi importantes pour l'analyse scientifique.

Des applications multiples et une sensibilisation élargie

Vigie-Nature espère convaincre un maximum d'utilisateurs, non seulement des conducteurs individuels, mais aussi des passagers de bus qui peuvent photographier la plaque de leur véhicule, ainsi que des entreprises possédant des flottes de véhicules. « Cela change les rapports entre la science et la société. Les impacts de la science participative sur ceux qui la pratiquent sont majeurs en termes de connaissances, mais aussi de changement de regard sur l'environnement », souligne Anne Dozières.

Une urgence environnementale documentée

Colin Fontaine, chercheur au Centre de Conservation et des Sciences de la Conservation, cite une expérience allemande avec des pièges à insectes montrant une diminution de leur nombre par cinq entre 1990 et 2015. Face à cette situation alarmante, Gilles Bloch, président du Muséum national d'Histoire naturelle, maintient un message d'espoir : « Il n'est jamais trop tard, on est face à une population dont une partie peut se régénérer ».

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Cette initiative originale représente donc à la fois un outil scientifique précieux et une occasion unique de sensibilisation du grand public à la cause des insectes, ces « drôles de petites bêtes » dont la survie est essentielle à nos écosystèmes.