Biganos : Bruno Lafon face à deux challengers pour les municipales
Réélu triomphalement en 2020 avec plus de 65 % des voix, Bruno Lafon, maire sortant de Biganos, se retrouve cette année confronté à une configuration électorale inédite. Deux candidats viennent défier sa suprématie : son ancien colistier Patrick Belliard, et une liste du Rassemblement national portée par Neil Wattre. Un second tour surprendrait tous les observateurs de la vie politique locale.
Une citadelle électorale depuis 2008
Bruno Lafon, maire de Biganos depuis 2008, est-il inquiet en ce début de campagne ? Rien n'est moins sûr. Le candidat à sa réélection fait face à deux listes concurrentes, mais son bastion électoral semble solide. En 2014, il avait largement battu Annie Cazaux avec 70,16 % des voix. Et en 2020, il l'avait à nouveau défaite avec 66,94 % des suffrages. Malgré le contexte du Covid et une abstention importante (58,46 %), le socle électoral du maire sortant est resté quasi intact.
Patrick Belliard, le premier challenger, a pourtant été élu aux côtés de Bruno Lafon en 2008, 2014 et 2020. Mais leur collaboration a pris fin en 2022 lors d'un conseil de la Communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon nord (Coban), où Belliard avait claqué la porte avec fracas : « Je vais démissionner. Le maire de Biganos est le seul et unique responsable de mon départ. » Après un silence gêné dans l'assemblée, Bruno Lafon avait poliment mais sèchement conclu : « Merci de ta déclaration et de ton travail. »
L'accident de parcours sénatorial
Avec sa réélection en tant que maire puis président de la Coban en 2020, la mandature de Bruno Lafon s'annonçait fructueuse. Cependant, au début août 2020, le maire qui se présentait comme « sans étiquette » avec le célèbre slogan « Mon parti, c'est Biganos », a annoncé sa candidature aux sénatoriales sur la liste LR de Florence Lassarade. Non seulement il n'a pas été élu, mais sa candidature a fracturé la Coban au point qu'une majorité de maires lui a retiré ses délégations. Bruno Lafon est resté président, mais sans pouvoir réel.
Un accroc reconnu par l'intéressé lui-même récemment : « La seule fois où j'ai voulu être carriériste, je n'ai eu que des ennuis ! Certains disent que je vais y retourner. Alors non ! Certainement pas ! » Depuis cet épisode, le maire a poursuivi son projet de création d'une centralité à Biganos, avec la zone d'aménagement concertée (ZAC) pour le logement, la construction du Chahut, la modernisation de la gare, et se présente sur cette ligne face aux électeurs.
Les programmes des challengers
Face à lui, Patrick Belliard, ancien de la SNCF élu à Biganos depuis 1989, porte désormais la liste sans étiquette « Biganos à venir ». Il assure aux habitants que son programme est « le leur » car construit pour répondre à leurs besoins. Belliard veut remettre la municipalité « à hauteur d'habitant », sans nouveaux grands projets, se concentrant sur l'achèvement des chantiers en cours : « Nous voulons avant tout répondre à vos besoins avec une nouvelle gouvernance et une réelle concertation. »
Le RN-UDR Neil Wattre, quant à lui, n'avance pas de projet pharaonique mais propose un parking végétalisé aérien à la gare. Son programme inclut :
- Végétalisation des ronds-points
- Plan global de circulation
- Vidéoprotection et police municipale
- Éclairage nocturne et lutte contre les moustiques
- Démocratie participative
- Création d'un spectacle historique
La stratégie d'implantation du RN
Dans ces élections où chacun refuse les étiquettes politiques, le Rassemblement national brandit la sienne avec détermination. Le parti d'extrême droite enregistre des scores significatifs à Biganos lors des élections nationales : 41,46 % pour Bardella aux européennes de 2024, 45,18 % (2 601 voix) puis 52,20 % (2 932 voix) pour le candidat RN Laurent Lamara aux législatives de 2024.
Présenter une liste à Biganos (et dans sept autres villes du Bassin) représente déjà une victoire pour le mouvement. Il affirme ainsi sa présence sur le territoire et compte engranger des élus qui seront aussi des grands électeurs pour les futures sénatoriales. Cependant, les voix obtenues au plan national ne germent pas forcément toutes au plan local, ce qui explique pourquoi Bruno Lafon, même s'il ne le dit pas ouvertement, ne semble pas vraiment inquiet.
La campagne municipale de Biganos s'annonce donc comme un test intéressant de la perméabilité entre les dynamiques nationales et locales, dans une commune où le maire sortant a su construire une solide assise électorale au fil des mandats.



