Dordogne : 12 personnalités lancent un appel pour un Parlement de l'eau
Appel pour un Parlement de l'eau de la Dordogne

Un appel pour la protection de la Dordogne

Douze personnalités profondément attachées à la Dordogne souhaitent que « la voix de la rivière et de son écosystème soit mieux entendue des usagers et décideurs ». Leur objectif est clair : prévenir les conflits d'usage qui menacent ce trésor écologique reconnu, protégé mais extrêmement fragile. En ce mois d'avril 2026, ces défenseurs de l'emblématique rivière et de la nature qui l'entoure lancent un appel ambitieux pour instituer un Parlement de l'eau de la rivière Dordogne.

Une ligne de vie menacée

« La Dordogne est notre ligne de vie. Depuis la nuit des temps, elle structure les paysages, assure les grands usages, comme la pêche, la circulation des hommes et des biens, bientôt l'énergie, l'irrigation et le tourisme. Elle est si généreuse ! » Ces mots sont ceux de Romain Bondonneau, fondateur des Éditions du Ruisseau, qui a entrepris cet appel après l'été 2025. Cette période l'a durablement marqué en raison de la conjonction de deux informations alarmantes.

Premièrement, l'interdiction de se baigner dans la rivière à cause des cyanobactéries fut un choc pour celui qui, pour la première fois de sa vie, n'a pu se tremper « en face des falaises des Pendoïlles, en amont de La Roque-Gageac ». Deuxièmement, la découverte du projet d'élus locaux et de l'agence de l'eau Adour Garonne de puiser de l'eau en Corrèze pour alimenter le fleuve de la Charente et le sauver de la sécheresse. Le prélèvement envisagé de 30 à 40 millions de mètres cubes d'eau dans la Dordogne et la Vienne à l'horizon 2050 avait été chiffré à 600 millions d'euros.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des combats historiques et actuels

À ses côtés, le journaliste Gilles Ray ajoute que les poissons migrateurs sont en voie de disparition sur la rivière, notamment la lamproie marine, la grande alose et, à degré moindre, les saumons. Il intègre dans cet écosystème menacé les arbres et les cailloux, rappelant le combat mené voilà un demi-siècle par l'Association pour la Sauvegarde et l'avenir de la rivière Dordogne (Asad) pour mettre fin à l'extraction des graviers. Entre 1920 et 1981, 9 millions de m³ de sédiments ont été extraits du lit mineur, causant des dommages considérables.

« L'envie de partager un sentiment de colère » a poussé Romain Bondonneau à solliciter « des amis » pour engager cet appel qui sera relayé dans un opuscule « un peu militant » publié fin avril. Un livre centré sur cette initiative paraîtra aux Éditions du Ruisseau à la même période.

Une ambition démocratique et écologique

Avec en toile de fond la volonté de rassembler la société civile et les citoyens dans une organisation souple, les initiateurs pointent du doigt les limites des structures existantes. Les États généraux du bassin de la Dordogne, organisés par Epidor, ne se tiennent que tous les 10 ans. Quant aux différents organismes qui se penchent sur le fonctionnement et les usages du bassin-versant (agence de l'eau, établissements publics territoriaux de bassin, commissions locales de l'eau, intercommunalités), Romain Bondonneau estime qu'ils sont « trop liés aux élus ou aux lobbies », citant notamment les syndicats agricoles ou EDF.

Dans le contexte de changement climatique où les ressources pour satisfaire les différents usages de l'eau (consommation, tourisme, irrigation, industrie) sont sources de crispations, des conflits pourraient se multiplier. « L'idée est d'arriver à partager les enjeux démocratiques », poursuit l'enseignant et éditeur, qui s'appuie sur d'autres exemples d'initiatives, telles que la démarche du Parlement de Loire ou encore le plus proche Parlement d'Isle.

Des approches multiples et des solutions naturelles

Car au-delà des questions techniques et scientifiques, des approches artistiques et sensibles sont aussi ambitionnées. Animés par le souci de « dépasser ces conflits d'usage », Romain Bondonneau et Gilles Ray mettent aussi l'accent sur des solutions fondées sur la nature. Autant d'actions qui pourraient être recensées dans de futurs cahiers consacrés à ce Parlement que Romain Bondonneau souhaite publier à un rythme annuel.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les douze signataires de l'appel

  • Romain Bondonneau, éditeur et auteur de livres sur la Dordogne
  • Pierre Bergounioux, écrivain corrézien
  • Gilles Bœuf, ancien président du Muséum national d'histoire naturelle de Paris
  • Fabien Boutault, auteur d'une thèse sur la géomorphologie fluviale de la Dordogne
  • Valérie Cabanes, juriste, cofondatrice de Notre affaire à tous et présidente de Wild Legal
  • Jean-Luc Chapin, photographe et pêcheur de la Dordogne
  • Anne-Marie Cocula, historienne spécialiste de la Dordogne, ancienne présidente de l'Université
  • Kristof Guez, photographe plasticien et plongeur
  • Frédéric Hoffmann, géographe, ancien vice-président de l'Université de Bordeaux
  • Gilles Ray, journaliste et auteur de « Dordogne blues »
  • Denis Salles, directeur de recherche émérite en sociologie, INRAE Bordeaux
  • Christian Signol, écrivain, auteur de « La Rivière Espérance »