Le dossier judiciaire des "éborgneurs de Brad Pitt" rebondit à Bordeaux
Dans une affaire qui mêle militantisme écologique et droit à l'expression, le jugement rendu le 11 mars par le tribunal correctionnel de Bordeaux concernant deux activistes est désormais contesté par l'ensemble des parties impliquées. Le parquet, la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Bordeaux, la société Light Air chargée de l'affichage publicitaire, et même l'avocat des deux prévenus ont tous interjeté appel de cette décision judiciaire.
Des faits qui remontent à 2019 et 2020
Les deux hommes, se revendiquant du "militantisme écologique et social", avaient pris pour cible des bâches publicitaires géantes installées sur les façades du musée des Douanes et de la Chambre de commerce et d'industrie, situés place de la Bourse à Bordeaux. Les actions s'étaient déroulées en deux temps : en 2019, l'une des bâches avait été entaillée, puis en 2020, une autre affiche utilisant l'image de l'acteur Brad Pitt avait été crevée au niveau de l'œil et badigeonnée de peinture rouge.
En première instance, le tribunal avait adopté une position nuancée. Les deux activistes ont été condamnés à des travaux d'intérêt général et à verser 10 000 euros à la société Light Air pour les deux bâches endommagées. Cependant, ils ont été relaxés pour quatre autres dossiers concernant des affiches qui étaient "simplement" tombées au sol. Le tribunal a estimé que dans ces cas précis, les hommes exerçaient une liberté d'expression reconnue par la Cour européenne des droits de l'homme, en protestant "publiquement, collectivement et pacifiquement".
Des positions diamétralement opposées
Cette interprétation judiciaire ne satisfait aucune des parties. Le parquet et la CCI ont déposé leur appel le 20 mars, contestant fermement que ces actions puissent bénéficier d'un "droit d'exception". "Nous contestons le fait que ces agissements relèvent d'un droit d'exception", a précisé un représentant de la chambre consulaire.
De son côté, la société Light Air a également fait appel sur les intérêts civils du dossier. Julien Aguettant, l'un de ses dirigeants, a affirmé : "Pour nous, le préjudice est bien réel". En première instance, la société avait réclamé 170 000 euros pour compenser le manque à gagner et les frais de réparation des affiches endommagées.
À l'opposé, Sylvain Galinat, l'avocat des deux activistes, demande la relaxe pour l'ensemble des faits au nom de la liberté d'expression. Il défend une vision artistique et symbolique des actions : "C'est le même geste militant qui s'est appliqué à toutes les bâches publicitaires. Et même un geste artistique. Peindre l'œil de Brad Pitt en rouge, ça avait une portée symbolique".
Une audience qui se fait attendre
La cour d'appel de Bordeaux va donc devoir rejuger l'ensemble de cette affaire complexe, mais les délais judiciaires laissent présager une attente considérable. Les observateurs estiment que l'audience en appel pourrait ne pas se tenir avant 2027, voire 2028, laissant ce dossier en suspens pendant plusieurs années supplémentaires.
Cette affaire cristallise les tensions entre protection de la propriété privée et droit à la contestation publique, dans un contexte où les actions de désobéissance civile liées aux questions environnementales se multiplient. Le jugement en appel pourrait établir un précédent important pour la qualification juridique de ce type d'actions militantes en France.



