Double peine pour les transporteurs routiers : flambée des prix et recrudescence des vols de carburant
Les transporteurs routiers font face à une situation particulièrement difficile, qualifiée de double peine. Alors qu'ils sont déjà mobilisés contre la flambée des prix des carburants, ils doivent également composer avec une recrudescence inquiétante des vols depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Ce phénomène, bien que pas entièrement nouveau, s'est intensifié ces derniers mois, créant un climat de tension dans le secteur.
Un phénomène qui s'aggrave avec la hausse des prix
Sandra Panet, déléguée régionale de la Fédération des transports routiers dans le Centre-Val-de-Loire, souligne que les entreprises subissent des siphonnages de réservoirs depuis plusieurs années. « Et à chaque fois que les prix augmentent à la pompe, cela se multiplie », explique-t-elle. Partout en France, l'envolée des cours du pétrole aiguise l'appétit des délinquants, qui ciblent particulièrement :
- Les entreprises de BTP
- Les exploitations agricoles
- Les sociétés de transport et de logistique
Témoignage d'un professionnel du secteur
Elvis Gutic, cogérant du groupe BC Alteo implanté sur le territoire de Belfort, qui fait rouler 160 camions, connaît bien ce fléau. Pour lui, le vol de carburants fait désormais « partie intégrante » de son activité. « Ce n'est pas tous les jours mais toutes les semaines au moins », assure-t-il.
Sa société subit des siphonnages d'environ 1.000 litres de gazole chaque mois depuis de nombreuses années, particulièrement sur la Nationale 4 entre Nancy et Reims. Mais depuis le début du mois, la situation s'est aggravée avec plus de 2.000 litres de carburant dérobés. Le dernier vol remonte à une dizaine de jours avec 400 litres siphonnés.
Des mesures de sécurité inefficaces face à des bandes organisées
« On ne peut pas faire grand-chose car on a affaire à des bandes très bien organisées », déplore Elvis Gutic. Les voleurs arrivent à siphonner les réservoirs sans que les chauffeurs s'en rendent compte, malgré l'installation de bouchons anti-siphonnage. « Les voleurs arrivent quand même à casser ou à percer les réservoirs. On ne prend d'ailleurs même plus la peine de changer les bouchons », ajoute-t-il avec un certain fatalisme.
Interpellations rares et renoncement à porter plainte
Les gendarmes sont sur le qui-vive et alertent régulièrement sur les réseaux sociaux, appelant à la vigilance. La semaine dernière dans le Gard, deux conducteurs ont été interpellés en flagrant délit alors qu'ils vidaient le réservoir d'un poids lourd avec un système de pompe électrique, causant un préjudice de 430 litres de carburant. Leur camion contenait dix bidons de 50 litres pour stocker le carburant avant revente.
Mais ces flagrants délits restent rares. Habitué aux vols, Elvis Gutic a même renoncé à porter plainte : « Cela prend du temps et cela ne sert à rien ». Pourtant, le vol de carburant est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.
Cette situation préoccupante illustre les difficultés croissantes du secteur des transports routiers, coincé entre des coûts d'exploitation en hausse et des problèmes de sécurité qui grèvent encore davantage leur rentabilité.



