Le bilan 2025 des aéroports français : une reprise en demi-teinte
L'Union des aéroports français et francophones (UAF) a dévoilé son rapport annuel sur le trafic aérien pour l'année 2025. Les chiffres révèlent une situation contrastée : si le nombre de passagers a augmenté par rapport à 2024, il n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant la pandémie de Covid-19. Cette stagnation inquiète les professionnels du secteur, alors que les défenseurs de l'environnement y voient une évolution positive pour la réduction de l'impact écologique du transport aérien.
Des chiffres en hausse mais insuffisants
En 2025, les aéroports français ont accueilli 210 486 219 passagers commerciaux, soit une progression de 2,3% par rapport à l'année précédente. Cela représente 4,7 millions de voyageurs supplémentaires. Cependant, ce résultat demeure inférieur aux performances enregistrées avant la crise sanitaire. La France fait figure d'exception en Europe, où la plupart des pays ont déjà dépassé leur trafic de 2019.
Les aéroports régionaux particulièrement touchés
L'analyse par catégorie d'aéroports montre des disparités significatives :
- Bordeaux Aéroport (plus d'un million de passagers) subit un recul de 10,9% sur un an et de 23,8% par rapport à 2019.
- Biarritz (moins d'un million) progresse légèrement de 1,9% mais accuse une baisse de 12,9% depuis 2019.
- La Rochelle affiche une hausse de 3,2% sur un an et même de 30,3% par rapport à 2019.
- Bergerac et Pau enregistrent des baisses respectives de 1,7% et 11,9% sur un an, et de 15% à 60% depuis 2019.
Au total, le trafic en Nouvelle-Aquitaine a diminué de 8,2% en un an et de 22,8% par rapport à l'avant-Covid.
Les causes identifiées par l'UAF
Thomas Juin, président de l'UAF et directeur de l'aéroport La Rochelle-Île de Ré, pointe plusieurs facteurs explicatifs :
- La multiplication par trois de la Taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA), une mesure spécifique à la France.
- La fermeture des lignes aériennes entre villes reliées par le TGV en moins de trois heures, une décision unique en Europe.
- L'augmentation de la taxe sûreté, qui alourdit les coûts pour les compagnies.
Ces politiques fiscales et réglementaires remettent en cause la rentabilité des compagnies low-cost, dont les marges par billet n'excèdent pas 5 ou 6 euros. Elles incitent ces acteurs à se détourner des aéroports français, particulièrement des plateformes régionales de petite taille.
Une comparaison européenne défavorable
La France et l'Allemagne sont les seuls pays européens dont le trafic aérien n'a pas retrouvé son niveau d'avant-Covid. En contraste :
- L'Italie affiche une hausse de 18,7%.
- L'Espagne progresse de 17,0%.
- Le Portugal enregistre une croissance de 22,6%.
- Le Royaume-Uni (+1,6%) et l'Irlande (+12,3%) font également mieux.
Cette divergence souligne les difficultés spécifiques au marché français, où la demande des passagers existe mais l'offre de vols se réduit progressivement.
Perspectives incertaines pour l'avenir
Si les conditions fiscales actuelles ne changent pas, le trafic de référence de 2019 pourrait rester longtemps inaccessible pour les aéroports français. Les dirigeants du secteur alertent sur les conséquences économiques de cette situation, notamment pour les territoires dépendants du transport aérien régional. La question de l'attractivité des aéroports français face à la concurrence européenne devient ainsi un enjeu majeur pour les années à venir.



