La SNCF perce enfin sur le marché italien des trains à grande vitesse
Après une longue bataille juridique, la SNCF va pouvoir concrétiser ses ambitions en Italie. L'Autorité italienne garante de la concurrence et du marché (AGCM) a annoncé, vendredi 6 mars, que le gestionnaire du réseau Rete Ferroviaria Italiana (RFI) devra proposer au moins 18 sillons quotidiens à SNCF Voyageurs. Ces créneaux de circulation concerneront les lignes stratégiques Turin-Venise et Turin-Rome.
Un accès garanti pour une décennie
Ces autorisations, dont les horaires précis restent à définir, seront valables pendant dix ans. Cette durée significative est jugée nécessaire par l'AGCM pour permettre à la SNCF de stabiliser son offre sur le marché transalpin. Jusqu'à présent, l'opérateur français n'intervenait en Italie que sur la seule ligne internationale Milan-Turin-Paris.
Cette décision fait suite à un recours de la SNCF contre RFI, que la compagnie française accusait d'« abus de position dominante » en faveur de sa société sœur Trenitalia. Bien que RFI n'ait pas été reconnu coupable d'infraction, l'AGCM estime que la mesure annoncée vise « à rendre l'entrée du nouvel opérateur sur le marché efficace et durable ».
Une concurrence qui s'intensifie des deux côtés des Alpes
Avec cette ouverture, la SNCF deviendra le deuxième concurrent de Trenitalia sur le marché domestique italien, après la société Italo (détenue à 50% par l'armateur MSC). Une perspective qui ne réjouit pas l'opérateur historique, Trenitalia ayant critiqué une décision « qui finit par revêtir un caractère punitif à l'égard de l'opérateur historique ».
Cette offensive s'inscrit dans la stratégie dévoilée en 2024 par SNCF Voyageurs, qui vise à conquérir 15% des parts du marché italien de la grande vitesse dans les dix prochaines années. L'objectif ambitieux est de transporter jusqu'à 10 millions de passagers annuels sur un axe reliant Turin, Milan, Rome, Naples et Venise.
Le modèle espagnol comme référence
La SNCF compte répliquer en Italie le succès rencontré en Espagne, où son offre low-cost Ouigo a permis de casser les prix et de conquérir d'importantes parts de marché face à la compagnie locale Renfe. Cette approche agressive pourrait bouleverser les équilibres tarifaires du marché italien.
Parallèlement, la concurrence s'exerce aussi en sens inverse. Trenitalia opère en France depuis quatre ans sur des liaisons Paris-Lyon, Paris-Marseille et Paris-Milan, même si l'entreprise n'est pas encore rentable sur ces trajets. L'opérateur italien nourrit également des ambitions sur la ligne transmanche Paris-Londres, où il compte à terme concurrencer Eurostar.
Cette décision de l'AGCM marque donc une nouvelle étape dans l'intégration progressive des marchés ferroviaires européens, où les opérateurs historiques doivent désormais composer avec une concurrence transfrontalière de plus en plus vive.



