Nouvelle-Aquitaine : SNCF conserve l'exploitation des TER du Poitou-Charentes pour 1,2 milliard d'euros
SNCF conserve les TER du Poitou-Charentes malgré la concurrence

La Région Nouvelle-Aquitaine confirme SNCF Réseau pour l'exploitation des TER du Poitou-Charentes

Le suspense est terminé en Nouvelle-Aquitaine. La Région a officiellement attribué à SNCF Réseau l'exploitation de six lignes stratégiques de TER dans l'ancienne région Poitou-Charentes. Ce contrat d'une valeur de 1,2 milliard d'euros s'étendra sur une durée de dix ans et concernera environ 5 millions de voyageurs par an. Malgré l'ouverture historique à la concurrence du marché ferroviaire, c'est donc l'opérateur historique qui conserve la gestion de ces axes majeurs.

Une première ouverture à la concurrence sans changement d'opérateur

Pour la toute première fois dans l'histoire du transport ferroviaire régional du Poitou-Charentes, le marché était ouvert à plusieurs candidats. Trois concurrents sérieux s'étaient positionnés sur la ligne de départ : SNCF Voyageurs, le groupe Transdev – qui exploite déjà des lignes de bus interurbains dans plusieurs départements de la région – et le nouvel entrant Le Train. Finalement, les opérateurs privés restent à quai tandis que SNCF Voyageurs, l'opérateur historique, décroche ce marché substantiel.

Alain Rousset, président PS de la Région Nouvelle-Aquitaine, a justifié ce choix lors de la plénière régionale du jeudi 2 avril. « C'est l'usager qui gagne grâce à des services publics plus efficaces, plus souples, plus durables et nous allons faire des économies », a-t-il déclaré avec conviction. Le président régional a souligné que cette décision permettrait d'améliorer significativement la qualité du service tout en réalisant des économies substantielles pour la collectivité.

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Des engagements concrets pour améliorer le service

Le cahier des charges imposé par la Région comportait des objectifs précis en termes de dessertes, de fréquences et de matériel roulant. SNCF Réseau s'est engagée à augmenter l'offre de trains de 20 %, ce qui se traduira par 22 trains supplémentaires chaque jour sur l'ensemble du réseau concerné. Ce lot stratégique concerne spécifiquement les liaisons Poitiers-Angoulême, Angoulême-Bordeaux, Poitiers-La Rochelle, La Rochelle-Bordeaux, Angoulême-Saintes-Royan et Niort-Saintes-Royan.

Ces six lignes représentent environ 22 % du trafic TER en Nouvelle-Aquitaine et mobiliseront près de 400 agents spécialement affectés à leur exploitation. Le démarrage effectif de cette nouvelle gestion est prévu pour le début de l'année 2028. La collectivité régionale a particulièrement veillé à obtenir des garanties solides concernant la gestion du personnel et les retombées économiques pour le territoire.

Une polémique médiatique et syndicale préalable

Le processus d'attribution a connu un rebondissement médiatique inattendu dans les jours précédant l'annonce officielle. En début de semaine, la chaîne BFM Business avait annoncé prématurément la victoire de Transdev, qui exploite depuis l'été dernier la très fréquentée ligne de TER reliant Marseille, Toulon et Nice. Lors du point presse précédant la plénière du mardi 31 mars, Alain Rousset s'était vivement emporté contre cette fuite « alors que la décision n'est pas encore prise ».

Cette information erronée est devenue virale sur les réseaux sociaux et a mobilisé la CGT Cheminots. Le syndicat, qui s'oppose depuis des mois à cette ouverture à la concurrence, avait enjoint les élus régionaux d'« infléchir une position libérale et dogmatique ». Cette mobilisation s'est finalement révélée basée sur une fausse information, créant une tension inutile dans le processus décisionnel.

Un consensus politique régional émerge

La désignation de SNCF Réseau pour ce premier lot de lignes en Nouvelle-Aquitaine a suscité un assentiment général parmi l'ensemble des groupes politiques représentés au conseil régional. Christophe Duprat, élu Les Républicains, a néanmoins apporté une nuance significative : « Ce choix va permettre d'améliorer le service et faire des économies. L'ouverture à la concurrence est une bonne chose, elle nous a permis d'en arriver là. Parce que pendant des années, la SNCF a fait beaucoup plus cher ce qu'ils vont maintenant faire mieux et moins cher. »

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Cette déclaration souligne le paradoxe de la situation : c'est précisément la menace de la concurrence qui a poussé SNCF à proposer une offre plus compétitive et plus qualitative. Le processus d'appel d'offres, bien que n'ayant pas abouti à un changement d'opérateur, a donc rempli son rôle de régulation et d'incitation à l'amélioration du service public.

Perspectives pour les autres lots régionaux

Ce premier contrat ne représente qu'une étape dans le processus global d'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire en Nouvelle-Aquitaine. Trois autres lots importants vont prochainement être mis en jeu : le lot Limousin-Périgord (attribution prévue en janvier 2028 pour une exploitation en décembre 2029), le lot Sud Aquitaine (attribution en janvier 2028 pour exploitation en décembre 2030) et enfin l'étoile de Bordeaux dont les dates précises restent à définir.

Ces prochains appels d'offres permettront de mesurer l'évolution réelle de la concurrence dans le secteur ferroviaire régional et détermineront si le maintien de SNCF sur le premier lot constitue une exception ou une tendance durable. La Région Nouvelle-Aquitaine devra alors réévaluer sa stratégie en fonction des résultats obtenus et des retours des usagers sur la qualité du service.