L'électrification des poids lourds patine en France malgré une hausse de 40%
Le secteur du transport de marchandises fait face à un défi majeur de décarbonation. En 2025, seulement 900 poids lourds électriques ont été immatriculés en France, sur un parc roulant total de 600 000 véhicules. Bien que cette progression représente une hausse de 40% en un an, elle reste insuffisante au regard des objectifs climatiques.
Un frein financier pour les transporteurs, souvent des PME
Le principal obstacle identifié par les associations Avere et Charge France est le coût d'acquisition. Un poids lourd électrique coûte environ 300 000 euros, contre 100 000 euros pour son équivalent thermique. Même si la recharge est moins chère que le gazole, surtout lors des recharges nocturnes au dépôt, l'investissement initial est prohibitif.
Clément Molizon, porte-parole de l'Avere, association pour le développement de la mobilité électrique, souligne : "Ces investissements initiaux doivent aujourd'hui être supportés par les transporteurs, souvent des PME déjà sous forte pression financière, ce qui constitue un frein direct à l'adoption."
Des aides jugées insuffisantes et un réseau de recharge à développer
Les deux associations réclament des mesures de soutien plus ambitieuses :
- Des bonus à l'achat plus élevés, actuellement compris entre 35 000 et 60 000 euros
- Le maintien de l'objectif européen de 90% de poids lourds électriques d'ici 2040, en cours de révision
- Des investissements massifs dans les infrastructures de recharge
Charge France, qui réunit les 21 principaux exploitants de bornes, estime que "plusieurs milliards d'euros d'investissements sont nécessaires pour couvrir les besoins de recharge et accompagner la montée en puissance du parc." Si les autoroutes commencent à s'équiper, le premier enjeu reste l'équipement des dépôts où les camions stationnent la nuit.
Un cadre réglementaire qui pourrait accélérer la transition
L'Avere compte sur le projet de loi-cadre sur les transports, qui prévoit que les donneurs d'ordre exigent une part croissante de transports décarbonés. Cette mesure pourrait exercer une pression supplémentaire sur les transporteurs pour qu'ils s'équipent. Parallèlement, les aides pour l'installation de bornes de recharge peuvent atteindre un million d'euros, mais restent peu sollicitées par les entreprises.
La transition vers l'électrique des poids lourds apparaît donc comme un enjeu complexe, nécessitant une coordination entre aides financières, développement des infrastructures et cadre réglementaire incitatif pour atteindre les objectifs de décarbonation du transport de marchandises.



