Dans le Médoc, les mobilités redeviennent un terrain de confrontation politique. Samedi 9 mai, à 16 heures, le Rassemblement national a manifesté devant la gare de Lesparre pour dénoncer trois dossiers jugés emblématiques des difficultés de la presqu’île : la hausse des tarifs du bac, la modernisation toujours attendue de la RD 1215 et les inquiétudes autour de l’avenir de la ligne TER 42, qui relie Bordeaux à la Pointe de Grave. Le mot d’ordre choisi visait directement la majorité socialiste : « Non à l’abandon du Médoc par le Parti socialiste ! ».
Le choix de la gare de Lesparre renvoie aux difficultés des usagers de la ligne du Médoc, entre retards, suppressions et manque de fiabilité. Quelques jours plus tôt, le 28 avril, la députée PS Pascale Got avait interpellé Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, dans le cadre d’une question orale sans débat, sur les dysfonctionnements de cette ligne TER empruntée, selon elle, par 2 000 usagers quotidiens. Elle y avait dénoncé un « sentiment d’abandon » et demandé une réunion de travail avec l’ensemble des acteurs concernés afin d’obtenir un calendrier et des mesures concrètes.
L’alerte lancée par la Région
La séquence s’inscrit dans un contexte plus large. Mi-avril, alors que débutait au Sénat l’examen du projet de loi-cadre sur les transports, Renaud Lagrave, vice-président PS de la Région Nouvelle-Aquitaine chargé des mobilités, avait alerté sur l’avenir des petites lignes ferroviaires. La Région plaidait pour que les lignes dites « de desserte fine » soient de nouveau prises en charge par SNCF Réseau. Dans un contexte budgétaire tendu, l’élu régional estimait que la collectivité n’était plus en capacité d’assumer seule certains travaux. Parmi les lignes fragiles figurait celle du Médoc, décrite comme « pas en grande forme ».
G régoire de Fournas, ancien député RN du Médoc (2022-2024), battu par Pascale Got après la dissolution de l’Assemblée nationale du 9 juin 2024, assure que cette alerte, et non l’intervention parlementaire de la députée socialiste, a déclenché la manifestation. Conseiller municipal d’opposition à Pauillac, il explique avoir voulu porter le sujet sur la place publique, avec des conseillers régionaux RN. Il met en avant une accumulation : « les promesses non tenues du plan routier départemental, les tarifs du bac en forte augmentation, et l’avenir incertain de la ligne TER du Médoc ».
Le RN sur des thèmes ciblés
Sur le terrain politique, Grégoire de Fournas assume de cibler la famille socialiste. Il estime que la responsabilité du PS est engagée sur ces trois dossiers. C’est la Région pour les TER, le Département pour la RD 1215 et le bac. « Sur les trois sujets, il y a une carence », affirme-t-il. Il réfute toutefois l’idée d’une mobilisation dictée par le calendrier électoral. « Il y a des élections tous les ans », répond l’ancien député, qui a déjà indiqué qu’il serait candidat aux prochaines législatives.
Pascale Got rejette les accusations du RN. La députée du Médoc dit ne pas vouloir commenter ce qu’elle qualifie d’« opération de communication pour une réunion électorale en petit comité de l’extrême droite », organisée selon elle dans le cadre du lancement de campagne sénatoriale d’Edwige Diaz. Elle dénonce des « propos provocateurs, propagandistes, sans connaissance du travail en cours ». « Notre territoire et ses habitants méritent mieux que ce genre de manipulation grossière, cousue de fil blanc », ajoute-t-elle.
La députée PS défend son intervention du 28 avril comme une démarche de fond. Elle rappelle avoir choisi d’intervenir au moment où le Sénat examinait le projet de loi-cadre sur les transports, qui prévoit d’affecter des recettes issues des péages autoroutiers au financement d’infrastructures. « Il s’agit pour moi de positionner la ligne 42 comme prioritaire », explique Pascale Got, qui dit vouloir « enfoncer le clou » sur la nécessité de s’occuper enfin de la ligne du Médoc.
Demande de rendez-vous à Jean Castex
Dans sa réponse à la députée, le gouvernement a rappelé que l’État et les acteurs locaux se sont engagés à investir près de 135 millions d’euros sur cette ligne dans le cadre du contrat de plan État-Région. Une étude globale est en cours pour envisager un phasage des opérations, des solutions alternatives comme des trains bi-mode et une amélioration de la robustesse de l’infrastructure. Pascale Got indique aussi que des propositions sont examinées, avec SNCF Voyageurs et le Conseil régional, pour mettre en place une desserte mieux adaptée aux attentes du territoire. La députée annonce enfin vouloir initier, avec SNCF Voyageurs, une réunion de travail sur l’adaptation des horaires et des connexions intermodales. « De gros décalages subsistent, qui se rajoutent à la vétusté de la ligne », souligne-t-elle. Elle précise avoir demandé un rendez-vous à Jean Castex, président de la SNCF, afin de connaître les suites concrètes de sa visite à Parempuyre.
Au-delà du duel politique, le sujet touche à une réalité largement partagée dans le Médoc : la difficulté de se déplacer dans un territoire rural étendu, dépendant de la voiture, mais demandeur de solutions ferroviaires fiables. À l’approche de futures échéances électorales, la bataille des mobilités s’impose déjà comme l’un des axes de confrontation entre le RN et le PS dans la circonscription.



