Fatbikes : la cohabitation explosive sur pistes cyclables et plages du Sud-Ouest
Pneus surdimensionnés, moteurs surpuissants et vitesses dépassant allègrement les limites légales : le fatbike s'est imposé comme un phénomène incontournable sur nos pistes cyclables et nos plages, générant des conflits croissants. Entre les piétons frôlés de près sur les trottoirs bordelais et les arrêtés municipaux qui se multiplient le long du littoral girondin et charentais, la situation devient de plus en plus tendue.
Bordeaux s'attaque aux vitesses folles des fatbikes
Le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, avait fait une promesse claire : freiner les excès des conducteurs de fatbikes. Plus lourds, plus rapides et de plus en plus nombreux, ces gros vélos électriques complexifient sérieusement le partage de l'espace public. « Ce n'est pas une cabale contre les cyclistes », insiste la municipalité, mais une nécessité face aux dangers grandissants.
Olivier Mouchebœuf, coordinateur d'une étude pour l'Union des entreprises du sport et du cycle sur la mise en marché des vélos à assistance électrique non conformes, alerte : « Tout est plus gros, plus lourd et plus dangereux avec un fatbike, cette mode n'a aucun sens ». Il constate une véritable déferlante de ces engins sur le marché.
Réglementation stricte sur le littoral charentais
En Charente-Maritime, les communes des Mathes et de La Tremblade ont pris des mesures drastiques. Sur la Côte sauvage, la pratique du fatbike est désormais réglementée avec des horaires aménagés, pour des raisons à la fois écologiques et sécuritaires. Emmanuel Daugy, premier adjoint au maire de La Tremblade, explique : « Jusque-là, la pratique du vélo électrique était interdite toute l'année sur toutes les plages. L'arrêté ouvre une fenêtre de tir, mais sous conditions strictes ».
Un loueur de vélos local s'inquiète cependant des conséquences économiques, affirmant que ces restrictions auront un impact lourd sur son activité.
Zones de conflit et surveillance accrue
À Bordeaux, le pont de pierre, rendu aux seuls cyclistes et piétons sur une seule voie de circulation, est devenu une zone particulièrement périlleuse aux heures de pointe. « Je me suis retrouvée nez à nez avec un vélo électrique, j'ai pilé net », témoigne une piétonne. La police municipale y porte désormais une attention toute particulière pour éviter les accidents.
Sur les plages, la saison estivale amplifie les problèmes. Les maires de La Tremblade et des Mathes ont pris des arrêtés pour encadrer l'utilisation des fatbikes, mais ces mesures sont parfois contestées. À Lège-Cap-Ferret, le maire Philippe de Gonneville défend fermement son arrêté, malgré l'annulation par le tribunal administratif, en rappelant la nécessité d'une réglementation claire.
Une communauté grandissante mais controversée
Les fatbikes, aussi appelés speed bikes, ne passent pas inaperçus sur les routes. Depuis plusieurs années, ils se généralisent sur les pistes cyclables, créant un esprit de communauté et d'identification parmi leurs usagers. Cependant, cette popularité croissante s'accompagne souvent de comportements flirtant avec l'illégalité, exacerbant les tensions avec les autres usagers de l'espace public.
Les autorités locales, tant à Bordeaux que sur le littoral, sont désormais confrontées au défi de concilier liberté de pratique et sécurité collective, dans un contexte où la cohabitation devient chaque jour plus explosive.



