Le drame ferroviaire de l'Estanguet en 1970 : un accident spectaculaire sans victime
Drame ferroviaire de l'Estanguet en 1970 : accident sans victime

Un matin glacial marqué par la catastrophe ferroviaire de l'Estanguet

Le vendredi 27 mars 1970, un froid intense règne sur les Pyrénées. Un long convoi ferroviaire, composé de sept wagons et d'une citerne, est tracté par deux locomotives BB Midi en quittant la gare de Pau en direction de Canfranc. À bord, le mécanicien Depré et son aide-mécanicien Abadie surveillent une cargaison de 230 tonnes de maïs. Alors que le train aborde la section la plus pentue de la ligne après Lescun-Cette-Eygun, des problèmes techniques surviennent.

La cascade de dysfonctionnements qui mène au drame

Malheureusement, la sous-station d'Urdos ne fonctionne pas, provoquant des chutes de tension critiques entre les sous-stations de Bedous et des Forges-d'Abel. À 6h45, à la sortie du tunnel de Sens, le train patine sur des rails gelés. Impossible d'utiliser le sable pour améliorer l'adhérence, les sablières sont vides. Les deux hommes descendent alors, placent la rame sous freinage rhéostatique et appliquent la méthode traditionnelle des cailloux sur les voies pour créer de l'adhérence, laissant le train avancer lentement seul.

Cependant, cette opération consomme trop d'énergie et fait disjoncter la sous-station des Forges-d'Abel. Privé de son système de freinage, le train part en marche arrière, atteignant rapidement une vitesse effrayante de 110 kilomètres par heure. Entraîné par son poids et sa vitesse, l'ensemble se déséquilibre. Un wagon accroche la cage du pont métallique de l'Estanguet, déraille et entraîne avec lui l'ouvrage d'art dans le gave d'Aspe.

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Un accident impressionnant mais sans victime humaine

Les dégâts matériels sont considérables et spectaculaires. Les automobilistes témoins de la scène s'écrient immédiatement : « Mon Dieu, le mécanicien ! » Par un immense coup de chance, aucune victime n'est à déplorer. Cet événement tragique pour la SNCF devient cependant une aubaine inattendue pour le réalisateur Jean-Pierre Lajournade, qui tournait alors son long-métrage « La Fin des Pyrénées » dans les environs. Il modifie son scénario pour intégrer cette scène spectaculaire à moindre coût.

Les conséquences durables sur la ligne Pau-Canfranc

Depuis l'accident, le pont de l'Estanguet n'a jamais été reconstruit, la SNCF invoquant un important déficit d'exploitation. La compagnie ferroviaire se contente de remettre la voie en état et de déblayer le gave, sans entreprendre de travaux de reconstruction majeurs. Les défenseurs du Transpyrénéen espèrent toujours voir cette ligne revivre pleinement.

Il faut attendre le 17 février 2011 pour que le train express régional reprenne du service entre Pau et Oloron, après une rénovation totale de la voie. La section entre Oloron et Bedous est rouverte en 2016. Une coopération transfrontalière entre l'Aquitaine et l'Aragon œuvre activement pour permettre à nouveau le franchissement ferroviaire des Pyrénées.

Le 24 septembre 2024, la Région Nouvelle-Aquitaine et la SNCF ont lancé à Oloron une phase de concertation, étape préalable à une enquête publique. Cette procédure doit aboutir à une déclaration d'utilité publique en vue de la réouverture complète de la ligne Pau-Canfranc. Cinquante-cinq ans après l'accident, la ligne n'est toujours pas totalement opérationnelle, témoignant de la longue attente des usagers et des collectivités.

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