Les aéroports français face à une tempête parfaite : kérosène en flèche et fiscalité accrue
Le secteur aérien français traverse une période de turbulences majeures. L'Union des aéroports français (UAF) a exprimé, mercredi 25 mars, de vives inquiétudes quant à l'évolution de son activité. La guerre au Moyen-Orient et l'explosion des cours pétroliers menacent de provoquer un « décrochage » significatif par rapport aux performances européennes, après une année 2025 déjà contrastée.
Un doublement du prix du carburant qui fait trembler le secteur
Le cours du carburant d'aviation a littéralement doublé depuis le début de l'offensive israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février dernier. Cette hausse spectaculaire dépasse même celle du prix du baril de brut. Une situation d'autant plus critique que les compagnies aériennes consacraient déjà, avant cette crise, entre 25 et 30 % de leurs dépenses d'exploitation au seul kérosène.
« Ce doublement va nécessairement, et ça y est, ça commence, induire une contraction supplémentaire du trafic », a affirmé avec gravité Thomas Juin, président de l'UAF, lors d'une conférence de presse. Il anticipe des arbitrages douloureux de la part des compagnies, certaines lignes devenant purement et simplement déficitaires.
La fiscalité française pointée du doigt comme un handicap supplémentaire
Le président de l'UAF a également dénoncé le poids de la fiscalité sur le transport aérien, jugé « très élevé » en France. La loi de finances 2025 a instauré un triplement de la taxe sur les billets d'avion, une mesure contre laquelle l'UAF avait mis en garde, prédisant un décrochage du secteur. « Nous y sommes », a constaté Thomas Juin, estimant que cette fiscalité punitive place la France dans une posture encore plus défavorable face à ses voisins européens.
Cette pression fiscale découragerait particulièrement les compagnies low-cost, qui représentent pourtant 44,7 % du trafic passagers en France et approchent les 100 % dans des aéroports comme Beauvais, Carcassonne ou Rodez.
Un trafic français qui peine à retrouver son niveau d'avant-crise
Les chiffres de l'année 2025 illustrent ces difficultés. Les aéroports français ont accueilli 210,5 millions de passagers, soit une augmentation de 2,2 % sur un an. Cependant, ce volume reste inférieur de 1,8 % à celui de 2019, avant la pandémie de Covid-19 qui avait divisé le trafic par trois. L'UAF souligne un décalage préoccupant avec l'Europe, où la progression a été de 6,6 % en moyenne.
La situation est encore plus alarmante pour le trafic aérien intérieur (hors Outre-mer), qui accuse un retard de 26,6 % par rapport à 2019. L'UAF pointe des situations « dégradées » dans des aéroports comme Toulouse et Bordeaux. Les professionnels attribuent ce phénomène à la concurrence féroce du train et, surtout, au développement massif des visioconférences.
Alors que des pays comparables comme l'Italie et l'Espagne ont dépassé leurs volumes d'avant-crise de respectivement 18,7 % et 17 %, la France semble s'enliser. La conjugaison du choc pétrolier, d'une fiscalité accrue et de changements structurels dans les modes de déplacement et de travail dessine un avenir incertain pour les aéroports hexagonaux, confrontés à une contraction probable de leur activité dans les mois à venir.



