La crise au Moyen-Orient et la hausse du prix à la pompe obligent les automobilistes à trouver des solutions plus économes. Le covoiturage peut en être une, et certains l'ont adopté depuis plus longtemps. La plateforme BlaBlaCar note une poussée d'offres de trajets domicile-travail depuis mars. Mais pour quelle demande ?
Un matin typique sur une aire de covoiturage
Il est 7 h 24, mardi 19 mai dernier, sur l'aire de covoiturage de Vinci Autoroutes à Reignac, à la sortie 38 de l'A 10, à la frontière de la Gironde avec la Charente-Maritime. Delphine arrive au volant de sa Renault depuis son domicile, sis à Anglade, à 10 km de là. Une halte de deux minutes, le temps que sa collègue Virginie gare son véhicule électrique sur l'aire et la rejoigne. Les deux collègues mettent le cap vers Bordeaux, où est implanté le siège de leur entreprise, non sans s'arrêter de nouveau à Saint-André-de-Cubzac pour embarquer un autre collègue, Nathan.
Delphine et Virginie n'ont pas attendu que l'addition à la pompe leur provoque des suées pour adopter ce mode de transport partagé. « Nous avons toutes les deux rejoint le siège à Bordeaux, il y a trois ans, en vivant pas très loin de Saint-André-de-Cubzac. Nous avons donc fait ce choix pour limiter la fatigue de la conduite quotidienne, parce que c'est plus sympa d'affronter les embouteillages à deux, et enfin pour des raisons économiques », fait remarquer Delphine.
Le train, « on oublie »
Résultat, covoiturage quatre jours sur cinq – à deux pour sûr, parfois à trois ou quatre –, et un jour de télétravail. Cent trente kilomètres de bitume à avaler par jour, un abonnement aux péages à partager (et soutenu par une participation de la communauté de communes de l'Estuaire) et des frais d'essence à assumer, à tour de rôle : Delphine a fait les comptes, en prenant sa voiture un jour sur deux, elle déclare 7 000 euros annuels de frais réels aux impôts. La facture s'est encore alourdie avec la hausse du carburant, mais elles assument, car « en train, c'est trop laborieux et incertain : aller en voiture jusqu'à la gare de Saint-André, arriver à Lormont, avec souvent du retard ou avec un train annulé, puis monter dans le tram, avec deux changements. »
Quand il s'agit de se rendre à une réunion ou d'effectuer un déplacement professionnel exceptionnel, le covoiturage est devenu la règle dans la plupart des entreprises.
Une offre en forte hausse, une demande timide
En ce matin de mai, il n'y a pas foule sur cette aire de covoiturage de 80 places. Les minutes s'égrènent, quelques rares véhicules, pour la plupart des conducteurs solos qui rejoignent un ou plusieurs collègues en voiture de société pour un déplacement groupé, une réunion ou un séminaire. Pourtant, selon la plateforme BlaBlaCar, par rapport à la même période en 2025, l'offre de trajets a augmenté de 40 % sur son site depuis le 1er mars, et de 20 % pour les trajets au départ de la Nouvelle-Aquitaine.
Au regard de l'impact de la crise au Moyen-Orient sur le prix du litre à la pompe, les conducteurs ont été nombreux à tenter de partager la charge avec d'autres en se lançant sur la plateforme. Mais qu'en est-il de la réponse à leur offre ? La demande suit-elle ?
Le témoignage d'un étudiant
Étudiant en master, Luc navigue deux fois par mois entre son école de commerce à Bordeaux et Besançon, où il effectue son alternance – 700 km, 300 euros par trajet. En train ? « On oublie. C'est très mal desservi et l'entreprise est implantée en pleine campagne à 45 km de Besançon. » La voiture est la seule option, le covoiturage la seule solution financièrement supportable. L'étudiant fait pratiquement le « plein » (avec trois ou quatre passagers) à chaque aller et chaque retour, sur tout ou partie du trajet, avec plusieurs haltes à Clermont-Ferrand, Dijon, Périgueux… Il s'adapte, et la « balade » lui revient en moyenne à 50 euros de sa poche.
Depuis mars, sent-il une demande plus importante ? « Je n'en ai pas l'impression, même si, c'est vrai, mon parcours n'est pas le plus demandé. Mes passagers sont souvent des jeunes sans voiture, des personnes âgées qui ne veulent pas faire de longues distances au volant en allant rendre visite à leurs proches, et des actifs qui se rendent à un séminaire. »
Et quand on creuse auprès de BlaBlaCar, « l'impression » de Luc se confirme : quand les offres de covoiturage ont grimpé, les demandes peinent à décoller (entre 0 et 4 %). Les automobilistes seraient donc plus prompts à partager leurs sièges qu'à lâcher leur volant. Même quand le prix du baril de pétrole s'emballe.
La plateforme l'admet : « Les trajets domicile-travail ont augmenté de 22 % entre février et mars particulièrement dans des territoires qui ont un partenariat BlaBlaCar Daily, comme l'agglomération de La Rochelle. » Partenariat dans lequel le coût du trajet est pris en charge par la collectivité territoriale : les passagers ne paient rien et le conducteur est rémunéré.



