Quarante ans de paralysie routière à Trifontaine
Depuis sa création en 1986, la zone commerciale de Trifontaine, située à Saint-Clément-de-Rivière au nord de Montpellier, est le théâtre d'embouteillages chroniques qui empoisonnent le quotidien des salariés, des clients et des riverains. Le problème central réside dans une configuration routière désastreuse : une seule entrée et une seule sortie par la rue de la Font Froide, créant un goulot d'étranglement permanent.
Des heures d'immobilisation totale
Les témoignages d'automobilistes coincés illustrent l'ampleur du phénomène. "J'ai passé 2 heures 30 en arrêt total sur le rond-point de King Jouet", raconte une conductrice. Un autre témoin évoque des "bouchons de malade pour un parking vide à Carrefour". Le 23 décembre dernier, la situation est devenue particulièrement critique avec des véhicules bloqués pendant plus d'une heure trente, nécessitant même l'intervention des gendarmes qui ont dû ouvrir une barrière d'accès pompier pour évacuer le trafic vers Saint-Gély.
Contrairement à d'autres zones commerciales où le manque de places de stationnement est en cause, c'est bien l'insuffisance des voies d'accès qui génère ces congestions monstres. La zone s'est développée autour d'une petite route parsemée de ronds-points où il suffit que quelques véhicules s'engagent simultanément pour bloquer complètement la circulation.
Un serpent de mer politique
Le problème de l'accès à Trifontaine remonte à des décennies et semble s'apparenter à un véritable serpent de mer politique. Dès la création de la zone, une réservation foncière avait été faite pour un second accès par le sud-est, mais malgré les multiples demandes des commerçants et des habitants, aucun aménagement n'a abouti. Patrick Gasselin, ancien président de l'association des commerçants, rappelait dans les années 2010 que "malgré nos multiples demandes, rien n'a abouti".
Céline Devillers, ancienne gérante du magasin Color'i, plaide pour une solution empruntant la rue de Thomassy : "La voie est toute tracée et elle a en plus l'avantage d'être située avant le rond-point de la Lyre, il manque juste une volonté politique". Cette ouverture permettrait notamment aux habitants de la Mosson et des quartiers nord-ouest de Montpellier d'accéder plus facilement à la zone.
Des conséquences qui s'étendent bien au-delà
Les embouteillages ne se limitent pas à la zone commerciale elle-même. Certains jours, la circulation est bloquée dès le rond-point de la Lyre, bien en amont, avec des bouchons qui s'étendent sur plus d'un kilomètre et demi autour de Trifontaine. Les automobilistes désespérés tentent parfois de trouver des issues de secours au fond de la zone, mais doivent finalement faire demi-tour au milieu des lotissements, ce qui exaspère les riverains.
Le flux quotidien, évalué entre 8 000 et 15 000 clients par jour en 2013, n'a fait qu'augmenter avec le temps, aggravant d'autant plus les problèmes de circulation. L'ouverture récente du magasin Action au fond de la zone, juste avant les fêtes de fin d'année, n'a fait qu'accentuer les difficultés, même si les commerçants soulignent que le problème est structurel et non lié à une enseigne particulière.
Des solutions envisagées mais non concrétisées
La commune de Saint-Clément envisage d'aménager dans les années à venir l'axe vers Saint-Gély pour faciliter l'évacuation de la zone. Deux possibilités existent déjà : l'avenue Vincent Auriol et le rond-point des Quatre-vents, mais ils nécessiteraient d'être élargis et aménagés. La rue Thomassy, qui débouche sur l'arrière de la zone, représente une autre piste sérieuse.
La situation est d'autant plus complexe qu'elle implique un accord avec la Métropole de Montpellier, propriétaire des terrains d'accès. Depuis 2002 et les tensions entre Georges Frêche et Alphonse Cacciaguerra, le dossier semble bloqué. Pendant ce temps, les automobilistes continuent de subir des heures d'attente, les commerçants voient leur activité pénalisée, et les riverains endurent les nuisances d'une circulation constamment congestionnée.



