Mars 1997 : l'A837, une autoroute au cœur des polémiques en Charente-Maritime
En ce mois de mars 1997, les 37,5 kilomètres d’autoroute entre Saintes et Rochefort sont ouverts à la circulation, après une inauguration officielle en grande pompe la veille, en présence d'une pléthore d'élus. Cet événement marque l'aboutissement d'un projet longuement débattu, qui a divisé la population et les responsables locaux pendant des années.
Une fronde anti-autoroute dès les prémices du projet
Dès le samedi 18 février 1989, un cortège de 300 personnes, précédé par des édiles, défile dans les rues de Saint-Porchaire. Les manifestants expriment leur mécontentement contre le projet d'autoroute et militent activement pour l'aménagement de la Nationale 137. Cette action est orchestrée par l'Association pour l’aménagement à quatre voies de la RN 137, qui rassemble une quarantaine de maires, dont ceux du canton de Saint-Porchaire, à l'exception notable de Beurlay.
Les contestataires s'insurgent contre le vote du Conseil Général, qui a tranché quinze jours auparavant en faveur du tracé autoroutier centre-est. Ce choix, validé par le ministère de l'Équipement, conduira finalement à la réalisation de l'autoroute. Ce que les opposants déplorent avant tout, c'est l'absence de concertation et l'impression désagréable de ne pas être écoutés. Jean Cartais, alors adjoint au maire de Saintes chargé de l'urbanisme, confirme cette perception : « Nos avis n’ont pas été admis. Il n’y a pas eu d’analyse comparative entre la création de l’autoroute et l’aménagement de la Nationale. »
Les élus locaux plaidaient pour la mise à quatre voies de la nationale, arguant que la déviation de Saint-Porchaire était déjà en travaux et qu'un projet similaire concernait Beurlay. « Dans ces conditions, le doublement de la 137 revenait beaucoup moins cher qu’un prolongement autoroutier », indique Jean Cartais. Cette option paraissait également plus respectueuse du terrain et de la desserte locale, comme le souligne Jean Leplomb : « Nos arguments s’appuyaient sur la desserte locale que n’assurait pas une autoroute sans sortie intermédiaire. »
La préservation de l'environnement était aussi un souci majeur pour les adversaires de l'autoroute. Ils se battaient contre l'omniprésence du béton, au détriment de bois superbes et d'un marais près de Geay, menacé de défiguration.
L'inauguration en grande pompe de l'autoroute des Oiseaux
Le 17 mars 1997, l'autoroute A837 est inaugurée avec faste par Bernard Pons, le ministre de l'Équipement, en présence d'une majorité d'élus. L'événement mobilise 600 invitations, un gendarme positionné sur chaque pont, et une visite en car pour quelques privilégiés, avec le magnifique site des carrières de Crazannes en toile de fond. Ces carrières, dont la pierre a été utilisée pour construire l'arc de triomphe de Germanicus à Saintes sous l'empereur Tibère, ajoutent une touche historique à la cérémonie.
Ce ruban de bitume est baptisé autoroute des Oiseaux en raison de la grande variété d'espèces présentes dans la région. Une aire de repos, située dans le bois de Brossard, est rétrocédée par les Autoroutes du Sud de la France (ASF) à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) pour y présenter une animation thématique sur les oiseaux de Charente-Maritime.
Parmi les absents notables, on compte Michel Baron de Saintes et Michel Crépeau de La Rochelle. Ce dernier expliquera son absence lors d'une séance du Conseil municipal de La Rochelle le 25 mars 1997 : « Ce n’était pas par désaccord, comme Michel Baron, mais tout simplement parce que je n’étais pas invité ! Je précise donc que je suis pour cette autoroute. » Il ajoute, non sans malice : « Tout de même ils auraient pu m’inviter, c’était chouette. Tout le personnel politique du département se poussait du coude pour être sur la photo. »
L'acceptation progressive de l'ouvrage
Huit ans après les premières contestations, les regrets et la nostalgie s'estompent. Il faut apprendre à vivre avec l'autoroute. Jean Leplomb, maire de Plassay et ancien opposant, témoigne : « À l’époque, nous avions une autre position, on pensait faire bouger les choses, mais quand la machine administrative est en route, il n’y a pas grand chose à faire pour l’arrêter. Maintenant, l’autoroute existe, alors vive l’autoroute ! »
Michel Doublet, sénateur-maire de Trizay et conseiller général de Saint-Porchaire, qui critiquait autrefois le tracé pour des raisons d'aménagement du territoire, se montre satisfait le jour de l'inauguration : « Je me rallie à ce qui a été fait, ça me satisfait pleinement. Il est vrai que je n’étais pas d’accord pour ce tracé à cause du littoral, je défendais le tracé Sud mais ça s’est passé différemment… Maintenant nous avons une autoroute magnifique. »
Malgré un retard de 240 minutes à l'ouverture officielle et quelques coups de gueule, l'autoroute A837 flambant neuve est finalement inaugurée dans la joie et la bonne humeur. Depuis, plus de 10 000 voitures l'empruntent chaque jour, devenant un axe essentiel pour la région.
Les chiffres clés de l'A837
- Longueur : 37,5 km
- Emprise de la section : 460 hectares, dont 280 acquis par négociation directe et 180 mis à disposition par des opérations de remembrement
- Financement du remembrement : ASF a financé 5 000 hectares pour 9 millions de francs et 13 millions pour les travaux connexes
- Coût total : 1,7 milliard de francs, soit environ 45 millions de francs par kilomètre
- Ouvrages d’art : 52
- Tarif : 19 francs en 1997 et 4,20 euros en 2020 (soit 27 francs)
Dates clés de l'autoroute des Oiseaux
- 3 décembre 1992 : Déclaration d’utilité publique
- 10 janvier 1992 : Mise en concession
- 18 mars 1997 : Mise en service



