Mars 1982 : Bordeaux élargit l'accès aux transports gratuits pour les jeunes
Le 1er mars 1982 marque une étape significative dans la politique sociale de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). Exactement un an après avoir instauré la gratuité des transports en commun pour les demandeurs d'emploi non secourus, ainsi que pour les personnes âgées économiquement fragiles et les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, le conseil de la CUB décide d'étendre cette mesure aux jeunes demandeurs d'un premier emploi.
Une mesure concrète pour près de 3 500 jeunes
Selon les estimations de l'Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE), cette extension de la gratuité concernera approximativement 3 500 jeunes Bordelais. Pour bénéficier de ce dispositif, les intéressés devront se rendre à la mairie de leur lieu de résidence afin d'obtenir une carte de gratuité, qui devra être renouvelée et validée chaque mois. La mise en œuvre de cette disposition est prévue pour être effective dans les plus brefs délais.
Cette décision représente un effort financier conséquent pour la collectivité, évalué à 1,2 million de francs hors taxes. Ce coût inclut à la fois la perte de recettes et les surcoûts d'exploitation engendrés par cette mesure sociale.
Réforme tarifaire et modernisation du réseau
Lors de cette même séance, le président Michel Sainte-Marie a annoncé d'autres évolutions majeures pour le réseau de transport. À compter du 1er juillet 1982, la suppression des zones tarifaires sur l'ensemble du territoire desservi par la Compagnie Générale Française de Transports et d'Entreprises (CGFTE) sera effective, instaurant ainsi un tarif unique sur tout le réseau. Cependant, ce tarif unique sera augmenté de 10 % à cette même date.
Le président a souligné que cette réforme, réclamée depuis longtemps par certains usagers, aura un coût important. Elle alourdira le passif d'exploitation et nécessitera un effort supplémentaire de la part des contribuables, dans un esprit de solidarité collective.
Investissements et projets d'avenir
Le conseil de la CUB a également confirmé sa volonté de poursuivre le développement des transports publics. Pour les années 1982 et suivantes, plusieurs projets structurants sont prévus :
- La restructuration du réseau avec la création de parcs d'échanges en périphérie, comme celui de la Buttinière à Lormont, permettant aux automobilistes de se garer directement à proximité des arrêts de bus pour rejoindre le centre-ville.
- Le renouvellement continu de la flotte de véhicules, avec un budget prévisionnel de 24 millions de francs alloué à cet effet.
- La poursuite des études pour la mise en place d'un nouveau tramway à Bordeaux.
Débat sur les achats d'autobus articulés
La séance a également été marquée par un vif débat concernant l'acquisition de nouveaux autobus articulés. M. Bidou (Parti Communiste) s'est opposé à M. Etourneaud (Parti Socialiste), président de la commission des adjudications. Le premier plaidait pour un achat auprès d'une entreprise française, notamment nationalisée, afin de soutenir l'emploi national. Le second, priorisant la gestion rigoureuse des deniers publics et le confort des usagers, a défendu le choix de la société allemande Heuliez, dont les produits étaient jugés plus élaborés et mieux adaptés à la circulation bordelaise.
Finalement, Bordeaux a maintenu son partenariat avec Heuliez, confirmant ainsi sa préférence pour des véhicules considérés comme techniquement supérieurs, malgré les arguments en faveur du soutien à l'industrie française.
Cette décision historique de mars 1982 illustre la volonté de la CUB de concilier innovation sociale, modernisation des infrastructures et débats démocratiques autour des choix stratégiques pour l'avenir des transports publics dans l'agglomération bordelaise.



