Le 24 avril 1953 : l'ultime voyage du tramway bordelais
Dans les archives de Sud Ouest, une page se tourne pour le tramway bordelais. Le 24 avril 1953, l'ultime tramway de la ligne 21 s'élance de la place Jean-Jaurès pour un trajet sans lendemain. Après avoir rythmé la vie locale durant 52 ans, ces engins cèdent leur place à l'automobile.
Tel une peau de chagrin, le réseau des tramways bordelais se rétrécit avant de disparaître. Ce soir, pour la dernière fois, un de ces véhicules, désormais archaïques, franchit le cours de l'Intendance. À 10 heures précises, l'ultime « 21 » quitte la place Jean-Jaurès : il prend, devant le Grand-Théâtre, les usagers du voyage sans lendemain, les témoins de son agonie. Une dernière fois, sa charrue incertaine fait danser ses lumières dans le virage de la rue Vital-Carles. Enfin, officiant solennel, le wattman relève, place Pey-Berland, le trolley souterrain, qui ne plonge plus jamais dans son obscure caverne.
L'événement mérite d'être noté : car, depuis cinquante-deux ans, soit 17 980 jours, dont il faut retrancher les 1er mai et les journées de grèves, inlassablement, les tramways ont sillonné le centre de la ville. Depuis 1901, leur histoire est celle d'un demi-siècle d'histoire bordelaise. Aujourd'hui, ils s'effacent devant le progrès.
Au siècle atomique, il est naturel que le moteur à explosion triomphe sur toute la ligne… sur toutes les lignes, pourrait-on dire, puisqu'il s'agit des trams. Dans leur silencieuse retraite, ces engins, si décriés et si utiles, immolés sur l'autel de l'accélération, vont mettre leurs trolleys en berne. Leur métal va se rouiller et leur molesquine moisir. À moins que ces laborieux artisans de l'activité bordelaise ne reprennent du service dans quelque paisible sous-préfecture, ou ne contribuent, comme les péniches désaffectées, à résoudre la crise du logement. Peut-être, encore, sont-ils destinés à aller rejoindre d'illustres épaves, dans les ateliers de quelque ferrailleur.
Ces tramways, que l'on a si souvent nommés « désir » en les attendant sur le bord d'un trottoir, s'appellent désormais « ADIEU ».
L'info en plus
En 1948, Jacques Chaban-Delmas, le maire de Bordeaux, décide de supprimer totalement le tramway. Le 8 novembre 1954, les deux derniers tramways de banlieue franchissent les boulevards bordelais à la barrière de Toulouse, en direction de Léognan et du Bouscat. Le 7 décembre 1958, la foule bordelaise accompagne le dernier tramway électrique de Bordeaux, décoré pour l'occasion, qui quitte son terminus de la gare Saint-Jean pour sa dernière demeure.
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