Des billets d'avion à 12.000 euros pour rentrer en France depuis l'Asie
Face à des tarifs pouvant atteindre jusqu'à 12.000 euros pour quatre personnes depuis Phuket, Marie a pris une décision radicale mardi. Après l'annulation de son vol initial en raison de la guerre en Iran, elle restera avec sa famille quinze jours supplémentaires en Thaïlande. Même scénario pour Anna, coincée à Bali, où les retours vers Paris affichent des prix autour de 4.000 euros.
"On est des milliers à être bloqués. C'est injuste et honteux, cette politique tarifaire", dénonce Marie avec colère. Ces témoignages ne sont pas isolés. Depuis samedi et l'escalade militaire autour de l'Iran, les récits de voyageurs en difficulté se multiplient dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Une situation critique pour de nombreux voyageurs
De nombreux vacanciers en Asie ou dans le Golfe rencontrent d'énormes difficultés pour trouver des vols de retour vers l'Europe. Sur certaines liaisons, les tarifs explosent littéralement, atteignant plusieurs milliers d'euros par passager. Des internautes sur X expriment leur indignation : "Les compagnies aériennes spéculent sur le désarroi de la population, écœurant".
Un exemple concret illustre cette situation : des amis partis quinze jours en vacances avec Qatar Airways se retrouvent bloqués en Thaïlande. Contactant Air France, on leur propose des places à plus de 10.000 euros chacune, rendant le retour simplement impossible financièrement.
Le yield management en question face à une crise exceptionnelle
Mais pourquoi les compagnies aériennes ne modifient-elles pas leur mécanisme de yield management dans cette situation exceptionnelle ? Guillaume Rostand, porte-parole de Liligo, apporte des éclaircissements sur ce système complexe.
La triste loi de l'offre et de la demande
"Le yield management, ce sont des algorithmes qui ajustent les prix des billets d'avion en temps réel", explique le spécialiste. "Ils prennent en compte la demande, le taux de remplissage, la date de départ et de nombreux autres paramètres de plus en plus complexes."
Cette logique repose sur un principe fondamental : les billets d'avion sont des produits périssables. "Une fois que l'avion est parti, la place ne peut plus être vendue, l'unité de produit n'existe plus", poursuit-il. Techniquement, il serait "quasiment impossible d'opérer l'arrêt du yield management" selon l'expert.
Une "perfect storm" au Moyen-Orient
Avec la situation actuelle, "on a une sorte de perfect storm", analyse Guillaume Rostand. La guerre fait s'affoler les algorithmes car certaines compagnies opèrent tandis que d'autres non, réduisant drastiquement l'offre disponible. Le prix du pétrole augmente simultanément, ajoutant une pression supplémentaire.
Les avions encore en vol doivent éviter certaines zones aériennes, les obligeant à effectuer des détours coûteux. "Qui dit détour dit plus de carburant consommé, alors même que le carburant devient plus cher", précise le porte-parole. Résultat : l'offre diminue radicalement tandis que la demande explose avec les voyageurs cherchant à rentrer rapidement.
Les compagnies aériennes aussi en difficulté
Contestant les critiques accusant les compagnies de profiter d'une situation dramatique, Guillaume Rostand rappelle que les compagnies perdent également énormément d'argent. Un avion qui ne vole pas représente des coûts considérables perdus.
Les chiffres sont éloquents : dans la région du Moyen-Orient, Cirium a recensé un taux d'annulation des vols de 43,4% jeudi, après 61% mercredi et plus de 65% entre dimanche et mardi. Entre samedi et mardi matin, plus de 19.000 vols ont été annulés.
"Les compagnies ne se frottent pas les mains. Elles perdent déjà énormément. Elles aussi sont des victimes de la situation", assure le spécialiste. Les mesures commerciales pour compenser les annulations et les milliers de clients concernés pèsent lourdement sur leurs finances.
La question cruciale des rapatriements
"On ne peut pas leur demander d'absorber les surcoûts massifs qui viennent avec cette crise, dont elles ne sont pas responsables", indique Guillaume Rostand. C'est là que se pose la question des rapatriements et du rôle des États.
"Les compagnies aériennes pourraient remettre un prix normal, pour permettre à des gens de ne pas payer 4.000 euros leur billet, seulement si les gouvernements financent les manques à gagner", explique-t-il. Mais il rappelle une réalité économique : "une compagnie d'aviation n'est pas un service public".
"C'est donc la loi du marché, car nous sommes dans un monde capitaliste, que cela nous plaise ou non. Ils vendent donc au plus offrant. Ce n'est pas le rôle d'Air France de subventionner les Français bloqués à Dubaï", insiste le porte-parole. En cas de réel danger, des avions pourraient être réquisitionnés et payés par l'État.
Des prix qui resteront élevés tant que durera la crise
Tant que l'espace aérien restera perturbé et que le nombre de vols restera limité, les prix risquent de maintenir des niveaux élevés. "C'est un effet mécanique et naturel, d'une réduction drastique de l'offre avec une explosion de la demande. C'est la même chose pour chaque bien", résume Guillaume Rostand.
Pour conclure, l'expert rappelle un fait important : "même en vendant à 4.000 euros le billet, les compagnies aériennes continuent de perdre de l'argent chaque jour". En moins d'une semaine de guerre, certaines savent qu'elles ne feront plus de bénéfices et ne seront pas à l'équilibre en 2026.
"On peut donc même dire que c'est une question de survie pour elles. On ne va pas demander à Air France de faire faillite pour ramener les influenceurs de Dubaï", affirme-t-il, mettant en lumière les enjeux économiques complexes derrière cette crise humanitaire.



