Le tourisme résiste aux crises et évolue vers des expériences plus authentiques
Partir loin pour mieux déconnecter devient une aspiration majeure des voyageurs contemporains. Malgré les difficultés économiques persistantes et les tensions géopolitiques croissantes, le secteur touristique mondial affiche une croissance remarquable ces dernières années. Selon les données officielles de l'Organisation mondiale du tourisme, on a enregistré pas moins de 1,52 milliard de voyages internationaux en 2025. Cette progression constante démontre la résilience du désir d'évasion, mais les modalités de voyage connaissent une transformation profonde.
L'essor des vacances Jomo : la joie de manquer l'agitation
En 2026, une tendance majeure se dessine clairement : le phénomène Jomo, acronyme de Joy of Missing Out, que l'on peut traduire par la joie de manquer quelque chose. Cette philosophie de voyage privilégie délibérément des séjours plus calmes, plus immersifs et plus authentiques, même lorsqu'il s'agit de destinations touristiques très prisées. Les voyageurs recherchent désormais l'expérience plutôt que la simple accumulation de visites. Le voyagiste Sunweb confirme cette évolution en indiquant que les Français anticipent davantage leurs réservations, avec une augmentation significative de 30 % des voyageurs par rapport au début de l'année précédente.
Cette quête de sérénité conduit les agences de voyage à proposer des itinéraires soigneusement sélectionnés, de l'île Maurice au Japon en passant par le Canada et Singapour. L'urgence est désormais de se hâter pour s'offrir aux beaux jours des vacances lentes, où le temps retrouve sa valeur essentielle. Cette approche contraste avec le tourisme de masse traditionnel et répond à un besoin profond de reconnexion avec soi-même et avec l'environnement.
La renaissance spectaculaire de l'Orient-Express
Le Dolce Vita : un hommage contemporain à l'âge d'or ferroviaire
Propriétaire de la marque Orient-Express depuis 2017, le groupe Accor a patiemment préparé son grand retour sur les rails. Ce n'est qu'en 2025 qu'il a lancé son premier train de prestige, baptisé Dolce Vita. Ce nom évocateur rend hommage au célèbre prédécesseur et fait revivre le mythe ferroviaire avec une élégance renouvelée. Les cabines cinq étoiles s'inspirent directement de l'âge d'or italien des années 1960, période synonyme de raffinement et d'insouciance.
Entièrement conçu de l'autre côté des Alpes, le décor a été imaginé par le bureau Dimore Studio, qui a réussi le tour de force de trouver un équilibre parfait entre les références historiques et les exigences contemporaines, sans jamais compromettre le confort des passagers. Les matériaux choisis parlent d'eux-mêmes : bois laqué d'une grande finesse, moquettes épaisses et douces, banquettes aux motifs graphiques sophistiqués. Les références aux maîtres du design italien comme Gio Ponti et Gae Aulenti sont nombreuses et subtilement intégrées.
Le train, composé d'anciens wagons Z1 méticuleusement restaurés, propose 18 suites spacieuses et 12 cabines où des jeux de miroirs ingénieux agrandissent visuellement l'espace et reflètent magnifiquement les paysages défilants. L'expérience culinaire est à la hauteur de l'ambiance : du petit-déjeuner au dîner, installés dans une voiture-restaurant au design raffiné, les convives dégustent des plats inspirés par le terroir, créés par le chef étoilé Heinz Back. Le soir venu, l'atmosphère feutrée du bar invite à siroter un Negroni traditionnel, bercé par les mélodies élégantes d'un pianiste talentueux.
Depuis des villes emblématiques comme Rome, Venise ou Palerme, 21 itinéraires différents traversent la péninsule italienne pour des séjours d'une ou plusieurs nuits, célébrant ainsi l'art de vivre à l'italienne dans toute sa splendeur.
Le retour sur le tracé historique Paris-Istanbul prévu pour 2027
Pour ceux qui rêvent de grimper à bord du légendaire Paris-Istanbul et de parcourir ce trajet mythique via Venise, Vienne et Budapest, il faudra patienter jusqu'en 2027. Maxime d'Angeac, directeur artistique de la marque Orient-Express, supervise cette renaissance avec une ambition artistique remarquable. Il fait renaître le train d'antan avec un décor somptueux qui conjugue harmonieusement les styles Empire, Art déco et Art Nouveau.
L'histoire de cette résurrection est elle-même extraordinaire. En 2015, l'historien Arthur Mettetal a découvert à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, sur une simple voie de garage, dix-sept rames datant des années 1920-1930. Ce trésor patrimonial a été rapatrié en France sous haute surveillance, préservant certains éléments de décor originaux comme les marqueteries précieuses ou les panneaux signés Lalique.
Ces vestiges ont servi d'inspiration directe pour la nouvelle réalisation, qui prolonge l'esprit du train d'origine tout en l'adaptant aux exigences contemporaines. La collaboration avec des ateliers d'excellence français est systématique : les sièges sont confectionnés par les ateliers Jouffre, les papiers peints par les Ateliers d'Offard, et les éclairages par l'Atelier Moderne Pulsatil.
En rassemblant une trentaine de maîtres artisans français, l'architecte a souhaité mettre en avant l'excellence des métiers d'art dans toute leur diversité. La mission est claire : faire fusionner l'histoire riche du train, l'innovation technique et la technologie moderne. Ébénistes, sculpteurs, métallurgistes et nombreux autres talents collaborent pour élaborer ce rêve ferroviaire.
Les détails de luxe abondent : horloges signées Cartier, lampes en forme de fleurs créées par Lalique, salles de bains en marbre de qualité exceptionnelle. Les dix-sept voitures rivalisent d'élégance et de raffinement. Dans la voiture-bar, baignée d'une lumière douce filtrant à travers des coupoles artistiques, les velours verts profonds des fauteuils attendent déjà les premiers passagers pour ce voyage hors du commun.
Cette renaissance de l'Orient-Express symbolise parfaitement la nouvelle philosophie du voyage : ralentir pour mieux savourer, pour mieux se souvenir. Dans un monde toujours plus rapide, le train légendaire incarne l'art du voyage lent, où chaque instant compte et où le trajet devient aussi important que la destination.



