Kyoto annonce la pleine floraison des cerisiers, le Japon célèbre le hanami
Dans l'ancienne capitale impériale de Kyoto, les autorités ont officiellement déclaré lundi la pleine floraison des cerisiers après avoir examiné un arbre de référence situé dans l'enceinte du château de Nijo, un site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette annonce marque le début des célébrations traditionnelles du hanami, qui signifie littéralement «observation des fleurs», une pratique culturelle profondément ancrée dans la société japonaise.
Une tradition séculaire qui rassemble des millions de personnes
Dès l'annonce de la pleine floraison, des millions de Japonais ainsi que des touristes du monde entier se sont précipités dans les plus beaux sites de cerisiers du pays pour admirer les fleurs à leur éphémère apogée. Les parcs, les temples et même certains cimetières se sont transformés en lieux de rassemblement où les participants étendent couvertures et bâches pour organiser des pique-niques en plein air qui peuvent durer jusqu'en soirée.
Les pétales blancs et roses des fleurs de cerisiers, connues sous le nom de «sakura», annoncent symboliquement l'arrivée du printemps dans l'archipel. Akiko Nyman, une habitante de Tokyo âgée de 48 ans, a partagé ses sentiments alors qu'elle admirait les fleurs dans le parc très fréquenté d'Ueno, en plein centre de la capitale : «Nous les aimons parce que c'est si court… ça ne dure pas longtemps, ça revient chaque année, c'est quelque chose de très spécial».
Symbolisme culturel et période de transition
Dans la culture japonaise, les fleurs de cerisier symbolisent à la fois l'énergie vibrante de la jeunesse et la fragilité intrinsèque de la vie. Cette dualité résonne particulièrement pendant cette période qui coïncide avec le début de la nouvelle année fiscale et scolaire au Japon. C'est un moment marqué par des séparations, lorsque les élèves quittent leur ville natale après avoir obtenu leur diplôme, et par des nouveaux départs, invitant à la méditation et à la réflexion.
La variété de cerisier dominante dans les lieux publics, appelée «somei-yoshino», a la particularité de fleurir simultanément dans une région donnée. Cette caractéristique s'explique par le fait que ces arbres sont essentiellement des clones d'un même spécimen, créant ainsi un spectacle naturel synchronisé et éphémère, la pleine floraison ne durant généralement qu'environ une semaine avant que les pétales ne commencent à tomber.
Un attrait touristique majeur et une visite présidentielle
Les fleurs de cerisiers dans les temples et sanctuaires historiques de Kyoto sont particulièrement prisées des visiteurs et des résidents locaux. Olivia Martell-Groves, une touriste australienne, s'est totalement immergée dans l'expérience saisonnière en revêtant un kimono traditionnel imprimé de fleurs pour admirer les arbres dans l'ancienne capitale. «Nous voulions les voir parce qu'elles sont vraiment jolies, parfaites pour les photos et qu'on ne peut les admirer qu'à certaines périodes de l'année», a-t-elle confié.
Le président français Emmanuel Macron, qui arrive mardi pour une visite officielle de deux jours, devrait lui aussi pouvoir profiter de ce spectacle naturel exceptionnel. Sa visite coïncide ainsi avec l'un des moments les plus emblématiques et photogéniques de l'année au Japon.
Une tradition dont le coût augmente significativement
Depuis des siècles, les Japonais célèbrent l'arrivée du printemps par des pique-niques sous de majestueux cerisiers aux délicates fleurs roses et blanches, symboles nationaux par excellence. Cependant, le coût de cette tradition a connu une hausse notable. Selon Hideo Kumano, économiste en chef de l'Institut de recherche Dai-ichi Life, le prix des pique-niques sous les cerisiers a bondi de 25% depuis 2020.
Cette augmentation, bien plus rapide que l'indice général d'inflation, s'explique notamment par la flambée des prix du sucre, de l'huile et du poulet. Dans son dernier rapport, l'économiste a même établi un «indice de floraison des cerisiers» pour mesurer cette évolution économique particulière liée à une tradition culturelle.
À Tokyo, les fleurs ont atteint leur pleine floraison durant le week-end précédent, inaugurant une brève période d'une beauté éblouissante avant que les pétales ne soient éparpillés par le vent. Cette synchronisation entre Kyoto et Tokyo crée une vague nationale de célébrations qui unit le pays dans une appréciation collective de la beauté transitoire de la nature.



