Le Jomo, ou l'art de ralentir pour mieux voyager
Malgré un contexte économique tendu et des tensions géopolitiques persistantes, le secteur touristique mondial affiche une croissance constante, avec pas moins de 1,52 milliard de voyages enregistrés en 2025 selon l'Organisation mondiale du tourisme. Cependant, une évolution notable se dessine dans les comportements des voyageurs. En 2026, la tendance dominante est au Jomo, acronyme de "Joy of missing out", que l'on peut traduire par "la joie de manquer quelque chose". Ce phénomène valorise des vacances plus calmes, plus immersives et délibérément lentes, même si cela implique de choisir des destinations déjà renommées. L'Express a ainsi identifié plusieurs lieux emblématiques de cette quête, de l'île Maurice au Canada en passant par Singapour et, de manière particulièrement significative, le Japon. Signe de cet engouement précoce, le voyagiste Sunweb observe une anticipation accrue des réservations chez les Français, avec une hausse de 30% par rapport au début de l'année précédente. Il devient donc impératif de s'organiser sans tarder pour s'offrir ces parenthèses ressourçantes lors des beaux jours.
La péninsule de Kii : spiritualité, marche et onsen
Sur la péninsule de Kii, le rythme du voyage ralentit naturellement. Les célèbres routes de pèlerinage du Kumano Kodo, classées au patrimoine mondial de l'Unesco, serpentent à travers des montagnes sacrées, des forêts anciennes et des sanctuaires shintoïstes, offrant un cadre idéal pour une déconnexion profonde. Chaque pas sur ces sentiers millénaires devient une invitation à revenir à l'essentiel, dans un Japon intime et spirituel. Après l'effort de la marche, le corps trouve son apaisement dans les onsen de montagne, ces sources thermales naturelles qui constituent de véritables étapes de ressourcement au cœur d'une nature préservée. À Koyasan, l'expérience s'approfondit avec des nuits passées dans des temples bouddhistes, rythmées par la méditation, le silence et des repas végétariens inspirés de la tradition monastique. Des villages thermaux comme Kawayu proposent même des bains en plein air, parfois creusés directement dans le lit des rivières. Entre randonnée contemplative, bains réparateurs et immersion dans des savoirs ancestraux, la péninsule de Kii représente une synthèse parfaite entre spiritualité, nature et bien-être.
Niigata : le "pays de neige" et ses sources thérapeutiques
Surnommée le "snow country" en raison de ses importantes chutes de neige, la région de Niigata demeure une destination hivernale prisée des Tokyoïtes, qui y combinent volontiers ski et détente dans les onsen. Accessible en seulement 1h30 en Shinkansen depuis la capitale, elle offre un contraste saisissant entre l'air glacé, l'épaisse couche de neige et la chaleur réconfortante des bains thermaux, le tout accompagné d'une cuisine locale généreuse, favorisant une réelle diminution du stress et de la fatigue. À Matsunoyama Onsen, les sources naturelles sont réputées pour leurs vertus thérapeutiques exceptionnelles. Leur eau, d'une richesse minérale remarquable, favorise l'oxygénation du corps et soulage efficacement les douleurs musculaires et articulaires. Dans des établissements comme le ryokan Ryugon, au pied du mont Sakado, des expériences comme des ateliers de cuisine locavore, des bains de forêt et bien sûr les onsen célèbrent la culture Yukiguni (pays de neige). Le voyageur y trouve un ancrage profond dans le cycle des saisons, pour une régénération à la fois physique et mentale.
Izumo et Hyōgo : entre divinités, temples et artisanat
Bordée par la mer du Japon, la région d'Izumo a forgé sa réputation sur ses fabuleux couchers de soleil, visibles depuis la plage d'Inasa ou le phare de Hinomisaki. À proximité, le sanctuaire érigé au XVIIe siècle impressionne par ses bâtiments vermillon qui tranchent avec la verdure de la forêt. Non loin de là, le grand sanctuaire Izumo Taisha, dédié au dieu Ōkuninushi, est un lieu de pèlerinage où les visiteurs formulent traditionnellement des vœux pour l'amour et les relations humaines. Perché sur le mont Tabushi et entouré d'une végétation luxuriante, le temple de Gakuen Ji dégage une atmosphère unique. L'accéder par une randonnée sur les pas des moines bouddhistes est en soi une quête de paix intérieure.
Facilement accessible depuis Osaka ou Kobe, la préfecture de Hyogo constitue quant à elle un refuge apaisant entre montagnes et sources thermales. À Arima Onsen, l'une des plus anciennes stations thermales du Japon, les voyageurs se plongent depuis plus de treize siècles dans des sources aux eaux dites dorées ou argentées, chacune aux bienfaits spécifiques. Sur le mont Shosha, le temple Engyo-ji offre une parenthèse de silence majestueuse au milieu de cèdres centenaires, où des retraites allient méditation, prières matinales et marches contemplatives. Sur le mont Rokko, relié par téléphérique à Kobe, des activités de yoga en plein air, des bains de forêt et des sentiers aromatiques prolongent cette reconnexion à la nature, face à la mer intérieure de Seto. Enfin, à Himeji ou sur l'île d'Awaji, il est possible de s'initier à des gestes artisanaux ancestraux, comme la confection de wagashi (pâtisseries à la pâte de haricot rouge) ou la teinture à l'indigo sur tissu, pratiquée au Japon depuis le VIIe siècle.



