Imperial Tokyo et Aman Kyoto : deux hôtels qui révèlent l'âme du Japon
Imperial Tokyo et Aman Kyoto : hôtels révélateurs du Japon

Imperial Tokyo et Aman Kyoto : deux hôtels qui révèlent l'âme du Japon

Les grands hôtels possèdent cette capacité exceptionnelle à transcender leur simple fonction d'hébergement. Ils vivent, respirent et évoluent au rythme des villes qui les accueillent, exprimant même leur complexité intrinsèque. Ainsi, s'asseoir dans le lobby de l'Imperial Hotel de Tokyo ou méditer dans le jardin de l'Aman à Kyoto permet de saisir quelque chose d'essentiel sur le Japon. Nous avons exploré ces deux institutions emblématiques.

Imperial Hotel Tokyo : un palace au cœur de l'histoire nippone

L'Imperial Hotel de Tokyo dégage une atmosphère de nostalgie raffinée, loin des tendances éphémères. Dès l'entrée dans l'immense lobby, le ton est donné par un chuchotement typiquement japonais, amplifié par des moquettes épaisses dignes d'un palais impérial. Situé face à la résidence de l'Empereur, cet établissement force le respect par sa légendaire longévité et son ancrage profond dans la vie tokyoïte.

Une histoire commencée sous l'ère Meiji

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Ouvert en 1890, l'Imperial symbolise l'ouverture du Japon à l'Occident durant l'ère Meiji. Son actionnariat mêlait déjà l'Administration de la Maison impériale et Eiichi Shibusawa, père du capitalisme nippon. L'architecture initiale, entre préfecture de la IIIe République et ambassade, accueillait dignitaires et élites politiques et économiques. Si le cadre a évolué, l'esprit chic demeure intact.

La gastronomie comme miroir social

Les douze restaurants de l'Imperial offrent bien plus qu'une expérience culinaire. Au petit-déjeuner japonais du Tokyo Nadaman, on croise des couples de province, tandis que les déjeuners français attirent les patrons. L'Imperial Viking, ouvert en 1958, a même donné son nom au concept de buffet au Japon. Le high tea dans le lobby et l'Old Imperial Bar sont des rituels tokyoïtes où les touristes sont rares.

Le legs architectural de Frank Lloyd Wright

Après la Première Guerre mondiale, Frank Lloyd Wright est chargé de concevoir un nouvel hôtel, inauguré en 1923 le jour même du grand tremblement de terre. Grâce à un ingénieux système de fondations sur pilotis, le bâtiment résista au séisme. Wright y déploya son génie d'ensemblier, imaginant jusqu'à la vaisselle. Démoli en 1967, seul le lobby fut préservé dans un musée près de Nagoya.

Un lobby qui capte l'essence du Japon

S'asseoir dans le lobby de l'Imperial, c'est observer le Japon défiler : notables célébrant des mariages, dames élégantes sorties d'un film d'Ozu, intellectuels à la Kawabata. Les rituels s'y perpétuent, des croissants chez Gargantua au cireur de chaussures du sous-sol, en passant par le shiatsu proposé depuis 1926. Les chambres révèlent les strates historiques, du fauteuil à bascule des années 1980 aux horloges Seiko sixties.

Aman Kyoto : un sanctuaire naturel au cœur de l'ancienne capitale

L'Aman Kyoto ne se contente pas de satisfaire les Amanjunkies, ces voyageurs collectionnant les séjours dans les établissements de la marque. Il incarne une relation profonde avec la nature, essentielle à la culture japonaise. Les vingt-six unités, minimalistes et élégantes, s'effacent dans des pavillons vitrés reliés par des chemins de pierres moussues.

Un jardin secret préservé du tourisme de masse

Avant d'être un hôtel, l'Aman Kyoto est un jardin de trente-sept hectares, l'un des plus secrets de la ville. Situé dans le quartier de Takagamine, près du Pavillon d'Or, il échappe au surtourisme. Jusqu'en 2019, seuls les initiés y accédaient, l'ancien propriétaire ayant envisagé d'y créer un musée du textile. Le paysagiste professeur Shimoda en a fait un conservatoire de la flore locale, célébrant les saisons.

Une inspiration entre Machu Picchu et tradition Edo

Le jardin évoque le Machu Picchu par ses blocs de pierre et son enfouissement dans la forêt, tout en incarnant l'esprit des jardins de la période Edo, entre agrément et philosophie. La nature y est reine, avec pour seule musique le vent dans les arbres et le ruissellement de l'eau. Les espèces locales, des camélias hivernaux aux érables automnaux, y sont mises en valeur.

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Onsen et ryokan : une immersion dans la tradition

L'eau est centrale, notamment dans le onsen alimenté par une source chaude. Les rites de purification, suivis d'un bain nu dans les bassins intérieurs ou extérieurs, plongent les hôtes dans la tradition des ryokans. La cuisine kaiseki du chef étoilé Shinichiro Takagi célèbre le passage des saisons, tandis que les environs immédiats offrent une exploration authentique, loin des foules, avec artisans et sanctuaires préservés.

Ces deux établissements démontrent que certains hôtels peuvent être des portes d'entrée vers l'âme d'un pays, mêlant histoire, culture et rapport à la nature dans une expérience immersive unique.