Guerre au Moyen-Orient : le tourisme régional paralysé, des milliers de voyageurs bloqués
Guerre au Moyen-Orient : tourisme paralysé, voyageurs bloqués

Guerre au Moyen-Orient : le tourisme régional paralysé, des milliers de voyageurs bloqués

La guerre au Moyen-Orient impacte sévèrement le secteur du tourisme, entraînant des annulations de vols massives, des reports de voyages et l'immobilisation de nombreuses croisières. Cette situation crée une incertitude profonde pour une région devenue ces dernières années une destination prisée des voyageurs internationaux.

Des voyagistes en première ligne pour le rapatriement

À travers le monde, les voyagistes cherchent activement des solutions pour leurs clients coincés dans la région ou ayant prévu un séjour. Alain Capestan, président du voyagiste français Comptoir des Voyages, souligne que « la priorité est de faire rentrer ceux qui sont sur place ». Il rappelle que la guerre affecte également les clients partis dans d'autres régions du monde, le Golfe concentrant plusieurs hubs aéroportuaires majeurs comme Dubaï, Abou Dhabi (Émirats arabes unis) et Doha (Qatar).

Les voyagistes allemands interrogés (Alltours, Dertour, Schauinsland-Reisen) ont annoncé prendre en charge les nuitées supplémentaires pour leurs clients bloqués au Moyen-Orient. Ils ont aussi annulé leurs voyages vers les Émirats et Oman au moins jusqu'au 7 mars. L'association britannique des voyagistes ABTA a indiqué que les agences « n'enverraient pas de clients dans la région tant que le ministère britannique des Affaires étrangères déconseillera tout voyage non essentiel ». Elle précise que les clients dont les vacances ont été annulées ces derniers jours pourront changer leurs dates ou obtenir un remboursement.

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Six navires de croisière immobilisés dans le Golfe

L'Organisation maritime internationale (OMI), une agence de l'ONU chargée de la sécurité maritime, estime à 20 000 le nombre de marins actuellement immobilisés dans le Golfe, selon son secrétaire général Arsenio Dominguez qui évoque aussi 15 000 passagers de croisières.

Selon le magazine spécialisé « Mer et Marine », ce sont six navires de croisières appartenant à quatre compagnies qui restent immobilisés dans le Golfe depuis le samedi 28 février. Les paquebots sont exploités par des compagnies comme TUI, Celestyal Cruises (deux navires coincés) et MSC Croisières, avec son « MSC Euribia » et ses quelque 6 000 passagers dont des Français à Dubaï.

Dans un reportage pour TF1, il est expliqué que « plusieurs fois par jour, un message sonore est diffusé dans les couloirs du paquebot de MSC pour rappeler aux passagers de rester à bord. « Le navire est le lieu le plus sûr pour tous nos passagers », affirme la compagnie dans les haut-parleurs du paquebot MSC Euribia bloqué à Dubaï. »

Le croisiériste MSC, dont un des bateaux est actuellement bloqué à Dubaï, a indiqué à l'AFP qu'il avait pris des mesures « décisives » pour accélérer le processus de rapatriement. Cinq vols charters, dont le premier est prévu pour jeudi, permettront à près de 1 000 passagers de quitter la région d'ici samedi.

Du côté de TUI Cruises, deux navires se trouvent actuellement dans le golfe persique. Le « Mein Schiff 4 » est accosté à Abu Dhabi, tandis que le « Mein Schiff 5 » se trouve dans la capitale qatarie, Doha. Avec chacun près de 3 000 passagers à bord, ce sont presque 6 000 passagers également que TUI Cruises s'apprête à devoir rapatrier.

« Mer et Marine » affirme également que le paquebot de la compagnie saoudienne Aroya Cruises apponté à Dubaï compte également plus de 3 500 passagers. Ce sont donc plus de 18 000 passagers, mais aussi 6 300 membres d'équipage, soit plus de 24 000 personnes en tout, qui se trouvent actuellement à bord des six navires de croisière bloqués dans le Golfe.

Impact économique considérable sur un secteur en croissance

La guerre vient bouleverser un secteur en pleine croissance dans la région. En 2025, quelque 100 millions de touristes se sont rendus au Moyen-Orient, soit près de 7 % du nombre total de touristes internationaux recensés dans le monde, selon l'ONU Tourisme. Leur nombre a progressé de 3 % sur un an, et de 39 % par rapport à l'avant-pandémie de Covid.

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En fonction des destinations, les Européens sont très représentés, suivis par les touristes venus d'Asie du sud, d'Amérique ou d'autres pays de la région moyen-orientale. À titre d'exemple, les marchés de proximité représentaient 26 % du total des touristes à Dubaï en 2025, selon son ministère de l'économie et du tourisme.

Conséquences à long terme alarmantes

Dans ces conditions, avertit le cabinet Oxford Economics, « une baisse des flux touristiques dans la région portera un coup économique plus sévère que par le passé, car la part du tourisme dans le PIB y a augmenté, de même que l'emploi dans ce secteur ».

Ce dernier estime qu'en raison de la guerre, et si celle-ci trouve une issue rapide, les arrivées de visiteurs au Moyen-Orient pourraient diminuer de 11 à 27 % en 2026, contre une croissance de 13 % initialement prévue. Selon le cabinet, cela représente entre 23 et 38 millions de visiteurs internationaux de moins par rapport au scénario précédent et une perte de 34 à 56 milliards de dollars de dépenses touristiques.

Les voyagistes et compagnies maritimes continuent de s'organiser pour rapatrier leurs clients, mais l'impact économique de cette crise sur le tourisme moyen-oriental pourrait être durable et profondément affecter une région qui avait connu un développement touristique remarquable ces dernières années.