Dans les archives : Gilbert Trigano et les rêves inachevés du Club Med en Aquitaine
Le 21 mars 1990, Gilbert Trigano, fondateur emblématique du Club Med, assistait à Bordeaux aux Journées du futur. Pour cet amoureux du Sud-Ouest, les projets de clubs à Moliets dans les Landes et au Fleix en Dordogne représentaient les maillons essentiels d'une chaîne française qu'il aspirait à bâtir. Pourtant, aucun de ces deux projets ne sera jamais réalisé. Nous republions ici l'interview parue en 1990 dans les colonnes de Sud Ouest, offrant un regard rétrospectif sur ces ambitions avortées.
Les projets en Aquitaine : entre optimisme et incertitudes
Interrogé sur l'état d'avancement de ces implantations, Gilbert Trigano se montrait confiant. À Moliets, dans les Landes, les contrats étaient en cours de finalisation, avec une signature prévue pour avril et une ouverture envisagée pour l'été 1992. Au Fleix, en Dordogne, les terrains étaient déjà acquis et les droits à construire en voie d'obtention, le montage financier devant suivre pour une ouverture pas avant 1993.
Le montage reposait sur une société d'économie mixte, associant le Club Med et les départements concernés. Le risque était pris par le Club, mais une partie des équipements était financée en leasing par les collectivités locales, répondant aux critiques sur le coût pour les collectivités. Trigano affirmait que le Club finançait 75 à 80% des projets, dont 40 à 50% en fonds propres.
Innovations et défis du tourisme
Moliets se distinguait par un atelier de langues, évalué à 45 millions de francs, visant à capitaliser sur la curiosité des vacanciers et le désir intergénérationnel d'apprentissage. Trigano voyait dans les vacances un temps idéal pour développer les curiosités, notamment linguistiques, profitant de la proximité avec les marchés espagnol et italien.
Face aux défis de rentabilité dans des régions à saison touristique courte, le Club Med misait sur une ouverture annuelle, capable d'accueillir 800 à 900 personnes par site. Les déficits hivernaux étaient amortis sur l'année, permettant la création d'emplois permanents. De plus, les activités hors vacances, comme les séminaires, devaient représenter un tiers des activités d'ici l'an 2000.
Stratégie française et vision internationale
Ces investissements s'inscrivaient dans une chaîne française incluant déjà Pompadour, Opio et La Pusay. L'objectif était de présenter un ensemble cohérent, d'abord ouvert au marché européen, puis aux marchés lointains comme les États-Unis, le Japon ou l'Amérique du Sud, offrant des découvertes de la France par étapes de deux ou trois jours.
Les relations avec les collectivités locales, notamment l'amitié avec Henri Emmanuelli dans les Landes, ont joué un rôle, mais Trigano insistait sur la franchise comme seul critère de négociation. Quant aux alliances, comme celle avortée avec Nouvelles Frontières, il préférait se concentrer sur la créativité, affirmant que le Club Med restait en tête pour l'originalité.
Cette plongée dans les archives révèle ainsi les espoirs et les obstacles d'une époque, où le tourisme français cherchait à se réinventer, laissant en suspens des projets qui n'ont jamais abouti.



