Le château Cordeillan se métamorphose en destination œnologique et hôtelière
Dans le prestigieux vignoble du Médoc, une initiative audacieuse prend forme : le château Cordeillan, situé à Pauillac, entame une reconversion majeure. Initialement publié le 14 novembre 1986, cet article révèle les plans ambitieux d'un groupe de propriétaires viticoles, mené par Jean-Michel Cazes du château Lynch Bages, pour transformer ce domaine en un complexe hôtelier et gastronomique de haut rang.
Un héritage viticole riche et une nouvelle vocation
Propriété de deux hectares à l'entrée de Pauillac, le château Cordeillan a une longue histoire viticole. Connu sous le nom de Bellevue Cordeillan-Bages, il produisait autrefois 50 tonneaux de vin et appartenait à la famille Billa, une vieille lignée médocaine. Après avoir changé de mains à plusieurs reprises, le domaine a cessé sa production vinicole il y a une trentaine d'années. Jean-Michel Cazes, après son acquisition récente, envisage de replanter quelques règes sur un petit hectare, mais l'objectif principal est ailleurs.
Le projet phare consiste à aménager les bâtiments existants, qui disposent déjà d'un tennis et d'une piscine, en un hôtel d'une vingtaine de chambres accompagné d'un restaurant gastronomique. « Le tourisme, il faut y croire », explique Jean-Michel Cazes. « Les gens ne se contentent plus de la plage, et Bordeaux est aujourd'hui à la mode. » Cette vision s'inscrit dans une tendance croissante vers le tourisme œnologique dans la région.
Pierre Paillardon : un sommelier à la tête de la transformation
La reconversion du château Cordeillan est confiée à Pierre Paillardon, un sommelier de 28 ans largement diplômé et ancien responsable d'un restaurant à Boulogne-Billancourt. Installé sur place avec sa famille, il prépare activement le terrain. Les travaux de transformation, qui incluront l'aménagement de chambres, de salles à manger, de cuisines et de salles de dégustation dans la maison, le chai et le cuvier du XIXe siècle, sont prévus pour durer jusqu'au printemps 1988.
En attendant, Pierre Paillardon ne reste pas inactif. Dès décembre, il lance le premier stage de ce qui deviendra « l'école de Bordeaux », une série de week-ends de découverte et de perfectionnement dans les châteaux du Médoc. Ces stages, destinés aux professionnels du vin et de la restauration ainsi qu'aux amateurs fortunés, coûtent 2 900 francs pour trois jours d'expérience œnologique, incluant visites, cours et dégustations. L'hébergement se fera initialement au Relais de Margaux, puis ultérieurement à l'hôtel du château Cordeillan.
Un investissement prometteur dans un contexte favorable
Pierre Paillardon mise sur deux fronts en s'installant dans le Médoc : le développement des stages d'œnologie et la création de l'hôtel-restaurant. Il bénéficie du soutien de plusieurs viticulteurs locaux, de la mode incontestable des vins de Bordeaux et de l'attrait touristique croissant de la région. Cependant, le succès reste à confirmer. Les prochains mois révéleront si les stages suscitent l'intérêt escompté, tandis que la partie hôtelière nécessitera des années pour se concrétiser.
Les perspectives semblent néanmoins positives, le château Cordeillan étant situé au cœur d'une appellation prestigieuse et, de manière symbolique, sur la rue des Vignerons. Cette initiative marque une étape significative dans l'évolution du tourisme viticole en Médoc, combinant patrimoine, gastronomie et éducation œnologique pour créer une destination unique.



