Bendor renaît : l'île du bonheur de Paul Ricard retrouve sa splendeur méditerranéenne
Bendor renaît : l'île du bonheur de Paul Ricard retrouve sa splendeur

La renaissance d'un rêve méditerranéen

En 1950, Paul Ricard, entrepreneur marseillais de 41 ans, fait l'acquisition d'un petit rocher désertique battu par les vents, à quelques centaines de mètres de Bandol. « À l'époque, il ne s'agissait que d'un rocher désertique, seulement habité par un mouton », se souvient Marc de Jouffroy, son arrière-petit-fils et actuel directeur général de la société Paul Ricard. Sur ce bout de terre, l'industriel va bâtir son « île du bonheur », un hameau méditerranéen complet avec port, villas, boutiques et même un zoo.

Un pari fou renouvelé

Soixante-dix ans plus tard, en 2020, les héritiers de Paul Ricard, menés par Marc de Jouffroy, lancent un nouveau « pari fou » : une restauration totale et en profondeur de l'île. Malgré le contexte de pandémie de Covid, la décision est prise de fermer Bendor pour plusieurs années et d'engager des travaux d'une ampleur exceptionnelle.

« Six ans d'exigence, d'engagement, et de travail collectif », résume Marc de Jouffroy, rendant hommage aux nombreux acteurs de cette renaissance. Le chantier a concerné 28 000 m² et 25 bâtiments, réhabilités, construits ou rénovés. Edward Bouygues, directeur général délégué du groupe Bouygues, souligne la difficulté d'avoir mené « jusqu'à vingt chantiers simultanés » sur cette petite île, tout en préservant son identité.

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Une collaboration familiale et hôtelière

Le projet s'est appuyé sur des partenariats forts. Arnaud Zannier, directeur général de Zannier Hôtels, se souvient d'un message reçu en février 2021, alors qu'il était confiné, lui indiquant que la famille Ricard cherchait un partenaire hôtelier. « Bendor, c'est plus qu'un hôtel pour nous, c'est une parenthèse sur la Méditerranée, faite de beauté, d'authenticité, de simplicité », déclare-t-il aujourd'hui.

L'inauguration, ce lundi, a réuni de nombreuses personnalités, dont le ministre des Transports Philippe Tabarot, venu spécialement pour baptiser la navette électrique Amista, ainsi que des élus locaux et régionaux. Simon Babre, préfet du Var, Renaud Muselier, président de la Région Sud, et Jean-Louis Masson, président du conseil départemental du Var étaient notamment présents.

Amista : une navette électrique symbolique

Le baptême de la navette maritime à propulsion électrique Amista a constitué un moment fort de la cérémonie. Patricia Ricard, petite-fille de Paul Ricard et directrice de l'institut océanographique des Embiez, en est la marraine. « Amista signifie amitié en provençal. La plus belle phrase de notre grand-père était “Fais-toi un ami par jour.” Et ce bateau va nous en amener beaucoup, des amis ! », explique-t-elle.

Cette navette privée, pouvant accueillir onze passagers, est une innovation majeure : le premier transport maritime régulier hors port entièrement électrique de Méditerranée. Elle permettra d'économiser « 10 à 15 000 litres d'essence, 30 ou 40 tonnes de carbone », tout en fonctionnant silencieusement.

Un héritage vivant

Pour Marc de Jouffroy, cette renaissance est chargée d'émotion. « À l'entrée de l'île, mon arrière-grand-père avait installé une imposante statue sur laquelle est inscrit : “Nul bien sans peine”. C'est un message que nous avons entendu », confie-t-il. Devant un parterre de partenaires et d'amis, il a lancé : « Merci Papi Ricard, pour ce si beau cadeau, que nous te restituons avec humilité et gratitude éternelle ».

Franck Bertoncini, maire de Bandol, témoigne de l'attachement local : « Ici à Bandol, on appelle “les ricardiens” les membres de la famille Ricard, mais aussi les employés de l'entreprise. Paul Ricard avait de grandes valeurs, il traitait ses employés avec beaucoup de bienveillance. En Provence on dit “Ne meurt jamais celui qu'on n'oublie pas”, et Paul Ricard ici ne sera jamais oublié. »

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Ouverture et perspectives

L'île de Bendor rouvre officiellement ses portes le vendredi 1er mai. Elle sera accessible à tous via les navettes, à condition de justifier d'une réservation dans un équipement de l'île (hôtels, restaurants, spa...). Les réservations sont déjà prometteuses, venant du Var mais aussi des États-Unis.

Marc de Jouffroy se montre satisfait : « Nous redorons le blason de l'île et la mémoire de notre aïeul. Ces travaux devenaient indispensables, l'île n'avait plus connu d'investissements majeurs depuis sa construction, elle commençait à fatiguer. Nous avons hâte de voir les Bandolais comme les visiteurs du monde entier redécouvrir cette île. »

Edward Bouygues a conclu son discours en déclarant se tenir « à disposition pour les Embiez », laissant entrevoir de futurs projets sur l'autre île acquise par Paul Ricard. « Mon arrière-grand-père avait pensé les Embiez comme la “cité des loisirs”, et on pourrait en effet imaginer améliorer cet axe », confirme Marc de Jouffroy.

Cette renaissance de Bendor incarne ainsi la pérennité d'une vision : celle d'un lieu méditerranéen de rencontre, de beauté et de plaisir, fidèle à l'esprit de son fondateur tout en s'ouvrant résolument vers l'avenir.