Une mobilisation sans précédent à Mont-de-Marsan
Le 3 avril 2003 restera gravé dans les mémoires de la ville de Mont-de-Marsan. Ce jour-là, un cortège impressionnant s'est élancé des arènes, s'étirant sur plusieurs centaines de mètres, pour défiler dans les rues avant de converger vers la préfecture des Landes. Cette manifestation, organisée contre la réforme des retraites du gouvernement Raffarin, a dépassé toutes les attentes, y compris celles des organisateurs les plus optimistes.
Un succès incontestable malgré l'absence de la CFDT
Environ 8 000 personnes ont répondu à l'appel de la CGT, FO, la FSU et l'UNSA, selon les estimations. Ce chiffre est remarquable, car il surpasse même la mobilisation observée au plus fort du printemps social de 1995. Les Renseignements généraux ont avancé le nombre de 7 300 participants, tandis que les organisateurs ont parlé de 9 000 manifestants. Quoi qu'il en soit, la Journée nationale de grève pour la défense des retraites a été un succès incontestable.
Le rôle clé de l'Éducation nationale
Le mouvement de protestation a été dopé par les actions dans l'Éducation nationale, qui duraient depuis déjà 11 jours. Selon l'inspection académique, 66 % du personnel des collèges et lycées ont participé à la grève, et ce taux a atteint 79 % dans les écoles maternelles et primaires. Les enseignants étaient particulièrement nombreux dans le cortège, montrant leur détermination à défendre leurs droits.
Une participation massive dans tous les secteurs
Aucune administration n'a été épargnée par cette mobilisation. Les fonctionnaires de La Poste (30 % de grévistes), de l'Équipement (64 %), des impôts (73 %), du Trésor public (67 %), d'EDF (43 %), de l'hôpital de Dax (21 %) et de la SNCF (60 %) ont répondu en masse à l'appel. Seul le centre hospitalier de Mont-de-Marsan a enregistré une participation marginale, avec seulement 8 % de grévistes.
Les craintes des manifestants face à la réforme
Les incertitudes planant sur les retraites expliquent en grande partie le succès de cette journée. Une banderole de la CGT résumait bien les revendications : « 37 ans et demi pour tous, public, privé ». Au tribunal de grande instance, où 70 % du personnel était en grève, les employés exprimaient clairement leurs craintes. Francine, greffière depuis 22 ans, gagnant 1 500 euros par mois, s'inquiétait : « Si le projet aboutit, je devrais travailler jusqu'à 66 ans ».
Max, agent administratif, ajoutait : « Pour faire passer la réforme, on oppose le privé au public. Mais après 23 ans de carrière, mon salaire est d'un peu plus de 1 000 euros par mois. À la retraite, je risque de ne toucher que 75 % du salaire mensuel perçu lors des 25 dernières années de travail. Où se situe le privilège ? ».
Un mécontentement qui dépasse les retraites
Les banderoles brandies dans les rues de Mont-de-Marsan révélaient que le mécontentement des grévistes transcendait le seul dossier des retraites. Un manifestant dénonçait : « La droite démolit tout ce que nos parents ont eu tant de mal à construire ». Les militants faisaient signer des pétitions contre la décentralisation de l'Éducation nationale, la mise en examen de syndicalistes de la DDE, ou la remise en cause de l'allocation personnalisée d'autonomie.
Les discours en fin de manifestation
Les discours prononcés en fin de manifestation ont abordé des questions plus larges, comme l'emploi, les statuts, le service public et la décentralisation. Jean Bourden, conseiller général et enseignant retraité, a interrogé : « Le gouvernement nous écoute mais ne nous entend pas. Le ras-le-bol il est là. Mais sur le fond, il faudra un jour avoir le courage politique de répondre à cette question : quel service public voulons-nous ? ».
Des perspectives d'actions futures
Les organisateurs sont déterminés à poursuivre le mouvement. Patrick Dangoumau, secrétaire de l'UD-CGT, a déclaré : « L'ampleur des arrêts de travail, la participation massive à cette journée ouvrent des possibilités de poursuite d'action dans les jours qui viennent ». Les syndicats ont annoncé leur intention d'organiser un 1er mai unitaire à Tartas et d'inciter les salariés à tenir des assemblées générales dans les entreprises.
Le personnel de l'Éducation nationale ne veut pas lâcher prise. La grève a été interrompue le vendredi, mais elle pourrait reprendre après les vacances de Pâques. D'ici là, une manifestation sera organisée avec le soutien des parents d'élèves. Bernard Savary, secrétaire départemental de l'UNSA, a conclu : « Le rapport de force nous sera favorable si nous restons unis et mobilisés jusqu'au bout ».



