Ce géant des mers s’apprête à redéfinir les codes de l’hôtellerie mondiale. Amarré aux chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, où les derniers détails lui sont apportés, l’Orient Express Corinthian se distingue nettement de ses voisins présents en Loire-Atlantique. Niché non loin d’un paquebot de croisière en construction, ce voilier déploie toute son élégance.
Sa silhouette bleu nuit, étirée sur 220 mètres de long et 25 mètres de large, ne laisse personne indifférent. Le clou du spectacle se trouve au sommet du navire : trois mâts culminant à 100 mètres de haut ont été hissés pour accueillir chacun une voile de 1 500 mètres carrés. Fruit d’un développement acharné de quatre ans, ce navire porte en lui une ambition vertigineuse : transposer le mythe du célèbre train Orient Express sur les eaux.
L’homme derrière ce pari fou est Sébastien Bazin, président-directeur général du groupe Accor, dont Orient Express fait partie. Il en a confié la réalisation à l’architecte Maxime d’Angeac, à qui l’on doit la rénovation du célèbre train. Visite guidée d’une « folie maîtrisée ».
L’excellence à la française selon Maxime d’Angeac
Après avoir enfilé les surchaussures qui permettent de garder la moquette beige et rouge en parfait état, c’est au pas de course que nous avons arpenté le navire pendant que les ouvriers étaient encore en train de peaufiner les derniers détails avant le grand départ. Dès l’entrée, un lobby majestueux s’étend sur toute la largeur du voilier. Boiseries, couleurs chaudes, œuvres d’art, marbre… Le ton est donné.
Ce que l’on ne distingue pas au premier coup d’œil, c’est l’exploit industriel que représente ce navire. Construit par les Chantiers de l’Atlantique, ce palace a nécessité d’incessants compromis pour dissimuler sa nature technique derrière une décoration feutrée. « Il a fallu trouver des techniques adaptées pour cacher les petits détails liés à l’industrie », nous indique l’architecte.
En arpentant les couloirs étroits et sombres du navire, on distingue aisément une décoration faisant penser à l’âge d’or de l’Orient Express, « mais sans jamais sombrer dans la nostalgie facile », détaille Maxime d’Angeac. Derrière certaines portes se cachent un spa Guerlain de 500 mètres carrés, un barbier, un speakeasy couplé à un fumoir. Le célèbre wagon bar de l’Orient Express a aussi trouvé sa place sur le navire. À cela s’ajoutent cinq restaurants, tous signés par le chef multi-étoilé Yannick Alléno.
En arrivant sur le dernier pont – le navire en compte sept –, la décoration change complètement. Les années 1930 laissent place à une atmosphère beaucoup plus moderne. Surtout, les suites les plus luxueuses se trouvent ici, comme la « Agatha Christie ». Un penthouse de 230 mètres carrés sans portes apparentes (elles sont dissimulées dans les murs) donnant sur une immense terrasse offrant une vue panoramique.
La légende de l’Orient Express sur les flots
Bien qu’il soit le plus grand voilier du monde, le Corinthian ne compte « que » 54 suites. La jauge maximum est de 130 passagers et plus de 150 membres du personnel. Une volonté d’attirer une clientèle ultraluxe pour qui le séjour doit être une expérience à part.
Dans ce géant des mers où l’architecture a été pensée pour laisser place à l’intimité, un endroit tire son épingle du jeu : le théâtre, conçu pour être le lieu de rassemblement du navire. La culture est également très présente sur le Corinthian : on y trouve un cinéma, un studio d’enregistrement dernier cri, une bibliothèque dotée d’œuvres rares… De quoi s’occuper pendant le séjour.
Pour s’offrir cette folie, il faudra débourser au minimum 10 000 euros pour une nuit. La privatisation totale du joyau est possible, moyennant 700 000 euros. Le prix à payer pour écrire, sur les flots cette fois, la légende de l’Orient Express.



