Les gemmes au sommet des ventes de haute joaillerie à Genève
La signature reconnue, la provenance illustre et la période phare séduisent toujours les amateurs. Mais si la prédilection pour les créations des grandes maisons reste intacte, si la singularité des collections ayant appartenu aux Vanderbilt (chez Phillips), à Claudia Cardinale (chez Christie's) ou aux rois de Bavière (Phillips encore) continue de susciter la curiosité et l'enthousiasme des spécialistes, et si l'engouement pour l'Art déco ne faiblit pas, il faut reconnaître que les véritables stars des ventes aux enchères dédiées à la haute joaillerie, qui débutent ce lundi 11 mai à Genève, sont les gemmes.
Diamants de couleur : hors catégorie
Pas n'importe quelles gemmes, bien entendu. Les estimations reflètent une hiérarchie qui place en première position la couleur, vive de préférence, des pierres précieuses mais aussi de quelques pierres fines. Sans surprise, les diamants de couleur dominent ce panthéon. Les teintes les plus prisées restent les mêmes depuis quelques années : le bleu et le rose, vifs si possible, c'est-à-dire « fancy vivid ». Les prix sont également conditionnés par le poids de la gemme, avec une progression quasi exponentielle : près de deux millions de dollars par carat pour une pierre de plus de cinq carats, et trois millions par carat pour une pierre de plus de dix carats.
Durant cette semaine, la seule pierre qui pourra faire de l'ombre à l'« Ocean Dream », un diamant bleu-vert vif proposé par Christie's le 13 mai, sera un autre diamant bleu vif, de très grande pureté (internally flawless pour les spécialistes) de 6,03 carats. Celui-ci sera mis à l'encan par Sotheby's la veille, avec une estimation comprise entre 9 et 12 millions de dollars. Cette pierre bleue provient de la mine Cullinan, qui a fourni tant de trésors à la couronne britannique. Un véritable trophée.
Saphirs et rubis : l'attrait birman malgré tout
Les autres pierres précieuses – émeraude, saphir et rubis – ne sont pas ridicules en comparaison. Le marché manifeste un attrait très marqué pour certaines provenances qui signalent l'union de la qualité et de la rareté. Sans surprise, les estimations prouvent la primauté accordée à l'extraction colombienne pour les émeraudes. Un collier des années 50 orné d'un cabochon central de 11,76 carats devrait dépasser le million de dollars chez Sotheby's. Les saphirs et les rubis birmans matérialisent la ferveur des acheteurs pour une provenance qui n'a pourtant plus sa place, depuis une quinzaine d'années, dans les collections contemporaines des grandes maisons. Pour des raisons éthiques, les institutions de la Place Vendôme, depuis 2010 environ et sous l'impulsion de Cartier, ont totalement cessé d'exporter des gemmes liées à l'extraction minière au Myanmar. Ce boycott redouble paradoxalement la prédilection des investisseurs pour les gemmes birmanes d'extraction ancienne.
Constatons malgré tout la cote de plus en plus élevée des saphirs provenant du Sri Lanka (les collectionneurs continuent à dire Ceylan). L'estimation, qui dépasse le million de dollars, d'un saphir bleu non chauffé couleur peacock (la plus prisée du moment), de plus de 100 carats, proposé sans monture par Sotheby's, en est la preuve. Signalons également le prestige intact des antiques saphirs du Cachemire : les plus beaux et les plus rares proviennent d'un filon légendaire, découvert à la faveur d'un glissement de terrain, dans une vallée située au cœur de l'Himalaya. Ainsi, le spécimen le plus cher de la saison sera vraisemblablement un saphir de plus de 22 carats, provenant de ce gisement épuisé depuis la fin du XIXe siècle. Le prix de ce trésor « old mine », monté sur une bague Chaumet, se situe entre 2 et 2,5 millions de dollars, selon l'estimation effectuée par Christie's.
Deux vedettes montantes : les spinelles et les tourmalines Paraíba
Aux côtés de ces stars absolues brillent des vedettes qui ne se contentent pas de faire de la figuration. Les pierres fines, c'est-à-dire les pierres naturelles qui n'appartiennent pas au groupe des quatre pierres précieuses citées plus haut, connaissent une forte appréciation depuis une vingtaine d'années, avec une accélération sensible depuis la pandémie. Les plus demandées sont celles qui se distinguent par une couleur très saturée qu'anime une extrême brillance. Deux familles sortent du lot.
La première regroupe les spinelles, qui étaient peu demandés avant les années 90. Ces pierres, disponibles dans une riche palette de couleurs éclatantes (rouge, rose, violet, lavande et même bleu néon pour certains spécimens vietnamiens), offrent désormais un substitut de choix aux corindons birmans avec lesquels on les a parfois confondues dans le passé.
La deuxième famille s'articule uniquement autour de la tourmaline Paraíba. Cette gemme d'un bleu tropical était quasi inexistante sur le marché avant la découverte à la fin des années 1980 des premiers filons brésiliens. Le destin d'une bague sertie d'un spinelle rose de 27,25 carats proposé par Phillips (estimation haute à 350 000 dollars) et d'une bague-pendentif ornée d'une tourmaline Paraíba de 13,44 carats, provenant vraisemblablement du Mozambique, qui sera mise à l'encan par Christie's (avec une estimation haute à 300 000 dollars), sera suivi de près par un marché qui unit dans un même élan collectionneurs et spéculateurs.



