Un rêve d'enfance qui prend son envol
À 49 ans, Laurent Schmitt, originaire de Saintes et PDG de Positive Aviation, concrétise une ambition de longue date : concevoir et commercialiser un bombardier d'eau à impact positif et à moindre coût. Le premier vol de démonstration est prévu pour la fin de l'année 2026. « J'ai toujours voulu fabriquer des avions », confie-t-il, évoquant une passion née sans héritage familial particulier, mais cultivée dès l'adolescence par la pratique du planeur à Chermignac et de l'aéromodélisme.
Un parcours aéronautique exemplaire
Après un baccalauréat au lycée Bellevue et des études à Centrale Lyon, Laurent Schmitt intègre Dassault Aviation, où il contribue à des projets emblématiques comme le Rafale, le Falcon et le Neurone. En 2009, après dix années, il rejoint Airbus à Toulouse. Cependant, son rêve de construire un avion persiste. En 2022, son employeur l'autorise à se lancer dans son projet phare : développer un bombardier d'eau abordable, similaire au Canadair.
Une innovation pour répondre à l'urgence
« Un gros avion sur flotteurs, il n'y en a pas eu de développé depuis presque quatre-vingts ans », souligne Laurent Schmitt. Face au vieillissement des flottes existantes – le CL-215 datant des années 1960 et le CL-415 de 1993, dont la production a cessé en 2015 – et aux retards du projet canadien DHC-515, l'ingénieur perçoit une opportunité cruciale. En 2022, il fonde Positive Aviation avec cinq associés, aujourd'hui une PME de 25 salariés.
Le FF72 : une solution économique et performante
Le choix s'est porté sur l'ATR 72-600, un avion à hélices de 26 mètres de long, modifié pour devenir le FF72. L'objectif est de rendre la lutte incendie plus accessible, avec un coût estimé à 35 millions d'euros, soit moitié moins qu'un Canadair (environ 80 millions d'euros). Les ingénieurs ont retiré les sièges, remplacé le train d'atterrissage par des flotteurs intégrés permettant d'écoper sur les plans d'eau, et optimisé les performances : prélèvement de 8 tonnes d'eau en 12 secondes et largage en seulement 1,2 seconde.
Collaborations et soutiens stratégiques
Positive Aviation collabore avec ATR, Airbus et l'autorité de certification EASA. Des sous-traitants spécialisés ont été mobilisés :
- Multiplast, basé à Vannes, fabrique les flotteurs.
- Soben, en Lot-et-Garonne, conçoit les trains d'atterrissage.
L'État suit de près cette initiative, comme en témoigne le projet de loi de finances 2026, qui inclut un chapitre sur le renouvellement des bombardiers d'eau. Une levée de fonds de 10 millions d'euros a été réalisée, et Bridger Aerospace a commandé 10 avions, avec 10 autres en option.
Calendrier et perspectives
L'année 2026 sera décisive :
- Vol démonstrateur prévu fin 2026.
- Essais à Biscarrosse (Landes) en 2027.
- Première livraison fin 2028, avec intervention sur les feux dès 2029.
La production devrait s'accélérer : 6 avions en 2029, puis 12 en 2030.
Une concurrence dynamique en France
Deux autres projets français émergent :
- Kepplair Evolution à Toulouse convertit un ATR 72 sans flotteurs (capacité de 7,5 tonnes d'eau), avec ravitaillement au sol et utilisation pour le fret hors saison. Mise en service prévue en 2027.
- Hynaero, soutenue par Airbus Defence & Space, Safran et Thales, développe le Fregate-F100, un hydravion bombardier d'eau de 10 tonnes. Basée à Istres, elle vise un prototype pour 2029 et une mise en service en 2031.
Ces initiatives illustrent un renouveau français dans la lutte contre les incendies, porté par l'innovation et l'esprit d'entrepreneuriat.