Le Congrès de Nouvelle-Calédonie adopte une réforme historique du code minier pour le nickel
Le Congrès de Nouvelle-Calédonie a adopté, ce mardi, une modification significative du code minier qui autorise, à titre dérogatoire, les usines de nickel à exporter le minerai qu'elles ne peuvent pas transformer localement. Cette mesure est présentée comme une condition essentielle pour la reprise de l'usine du sud du territoire, Prony Resources (PRNC), actuellement en grande difficulté financière.
Un vote décisif pour l'avenir industriel
La réforme a été adoptée par 28 voix pour, contre 23 voix des indépendantistes, marquant une étape clé dans les efforts pour sauver l'industrie du nickel, dont la Nouvelle-Calédonie est le cinquième producteur mondial. Le texte permet spécifiquement l'exportation de ce qu'on appelle le « minerai fatal », un minerai de nickel extrait simultanément avec celui destiné aux usines locales, mais dont les caractéristiques techniques empêchent sa transformation sur place.
Selon les dispositions adoptées, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie pourra délivrer des autorisations temporaires d'exportation, sous réserve d'engagements fermes sur la viabilité économique des projets et de compensations financières appropriées. Cette approche vise à concilier les impératifs économiques avec les préoccupations environnementales et sociales.
Un signal fort pour la survie des usines
« Le vote de ce texte est un signal important […] sur notre volonté collective de sauver nos usines », a déclaré Sonia Backès, présidente de la province Sud de Nouvelle-Calédonie et figure emblématique des Loyalistes. Elle a ajouté que cette réforme doit permettre « que la reprise de PRNC puisse se faire », soulignant l'urgence de la situation.
Les négociations avec un repreneur potentiel, le groupe émirati-qatari New Battery Metals (NBM), sont en cours et doivent s'achever le 31 mars. Les responsables coutumiers de la zone où est implantée l'usine soutiennent le texte, expliquant que le repreneur conditionne son offre à la possibilité d'exporter du minerai pour générer du cash-flow et rééquilibrer le modèle économique de l'usine.
L'opposition des indépendantistes et les craintes pour la transformation locale
Les groupes indépendantistes, farouchement opposés au projet, ont annoncé le dépôt d'une demande de deuxième lecture et envisagent un recours devant le Conseil constitutionnel. Ils sont traditionnellement attachés à la « doctrine nickel », qui privilégie la transformation du minerai sur place et limite strictement son exportation.
Pierre-Chanel Tutugoro (UC-FLNKS) a exprimé ses inquiétudes : « Lorsqu'un minerai quitte le territoire à l'état brut ou semi-brut, la valeur ajoutée, l'impôt, l'emploi indirect, la technologie et la capacité de négociation partent avec lui ». Cette position reflète une crainte profonde de voir remis en cause le modèle de transformation locale, pilier de l'économie calédonienne depuis des décennies.
Perspectives et enjeux pour l'avenir
L'adoption de cette réforme intervient dans un contexte de crise aiguë pour Prony Resources, l'une des trois usines métallurgistes du territoire. Les défis sont multiples :
- Viabilité économique : La nécessité de générer des liquidités pour stabiliser l'usine.
- Emplois : La préservation des postes de travail dans une région dépendante de cette industrie.
- Souveraineté industrielle : L'équilibre entre exportation et transformation locale.
Cette décision historique pourrait redéfinir la stratégie minière de la Nouvelle-Calédonie, avec des implications à long terme pour son développement économique et ses relations politiques internes. Les prochaines semaines, marquées par la finalisation des négociations avec NBM, seront déterminantes pour l'avenir de Prony Resources et, plus largement, pour l'industrie du nickel dans le Pacifique.



