Renault multiplie par dix la production française de drones kamikazes au Mans
Le groupe automobile Renault a dévoilé ce mardi une annonce majeure dans le secteur de la défense : sa capacité de production pourra atteindre jusqu'à 600 drones kamikazes par mois dans son usine du Mans. Cette collaboration avec la société de défense Turgis Gaillard, baptisée projet Chorus, représente un bond considérable pour l'industrie militaire française.
Une production qui décuple les capacités nationales
En 2025, la France n'a produit que quelques centaines de drones kamikazes, un chiffre très éloigné des capacités de production de masse observées en Ukraine ou en Russie, où près d'un million d'unités sont fabriquées annuellement. Le programme Damoclès, principal projet industriel français de munitions téléopérées, prévoyait initialement 460 drones livrés entre 2025 et mi-2026.
"En moins d'un an, une capacité de production pouvant aller jusqu'à 600 unités par mois pourra être développée", a précisé Renault dans son communiqué. Cette augmentation spectaculaire permettrait ainsi de multiplier par dix la production nationale actuelle de ces armes.
Le savoir-faire automobile au service de la défense
Patrick Pailloux, délégué général pour l'armement, avait expliqué début février que ce partenariat visait à produire des "munitions téléopérées à longue portée", des drones conçus pour détruire leur cible en explosant à l'impact. "La France a pris un risque en associant l'industrie automobile à la fabrication de drones", avait-il commenté, soulignant la nécessité de pouvoir produire rapidement et en grande quantité en cas de conflit.
Renault met en avant son expertise industrielle : "En tant qu'industriel automobile, le groupe dispose d'un savoir-faire recherché dans la conception, l'industrialisation et la production en grande série d'objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais".
Une stratégie défensive limitée pour Renault
Le constructeur automobile tient cependant à préciser sa position : il ne "vise pas à devenir un acteur majeur de la défense". Son engagement dans ces projets militaires répond à plusieurs principes stricts :
- Industrialisation exclusivement en France
- Supervision du ministère des Armées
- Partenariat avec des industriels européens de la défense
- Utilisation de technologies existantes
- Non-affectation des investissements consacrés à l'activité automobile principale
Réactions syndicales et implications sociales
Cette annonce a provoqué des réactions contrastées au sein de l'entreprise. Renault indique que la participation des salariés se fera sur la base du volontariat, mais la CGT a immédiatement exprimé son opposition, dénonçant "une logique guerrière" et soulignant que les employés n'ont pas signé pour ce type d'activité.
Patrick Pailloux avait pour sa part jugé "hyper intéressant" de collaborer avec les ingénieurs de Renault pour concevoir un drone "productible en grande quantité" si nécessaire, notant que la France avait failli "rater le virage" vers les drones. D'autres partenariats similaires existent déjà avec des sous-traitants de l'automobile.
Cette initiative marque un tournant significatif dans l'industrie de défense française, combinant l'expertise automobile traditionnelle avec les besoins militaires contemporains, tout en soulevant des questions éthiques et sociales au sein même des entreprises concernées.



