L'UE lance un plan pour relancer la construction navale européenne et réduire la dépendance asiatique
Plan UE pour relancer la construction navale et réduire dépendance Asie

L'Union européenne s'attaque au déclin de sa construction navale

Dans le cadre de sa volonté de réindustrialisation et de promotion du « made in Europe », la Commission européenne a présenté mercredi une stratégie ambitieuse visant à relancer la construction maritime sur le Vieux Continent. Ce plan, une première pour ce secteur industriel historiquement puissant mais aujourd'hui en difficulté, cherche à enrayer la perte de vitesse face à l'hégémonie des chantiers navals asiatiques.

Un marché européen réduit à la portion congrue

La part de marché de l'Europe dans la construction navale mondiale, autrefois dominante jusqu'aux années 1960, s'est effondrée pour se situer aujourd'hui entre 12% et 15%, selon l'association Sea Europe. En parallèle, la Chine et la Corée du Sud se partagent désormais près de 80% de la production mondiale de navires de commerce, incluant les porte-conteneurs, les vraquiers et les pétroliers.

« La Chine a accaparé tout le marché des vraquiers, porte-conteneurs et tankers pétroliers », constate un représentant du secteur. L'Europe conserve néanmoins une présence dans des niches spécialisées à haute valeur ajoutée, comme les navires de travail (dragueurs, remorqueurs, brise-glace), les paquebots de croisière et certaines technologies de pointe.

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Quatre grands chantiers navals en première ligne

Le tissu industriel européen repose aujourd'hui principalement sur quatre acteurs majeurs : les Chantiers de l'Atlantique en France, Fincantieri en Italie, Meyer-Werft en Allemagne et Meyer Turku en Finlande. La nouvelle stratégie communautaire entend « stimuler la compétitivité » et accélérer la « décarbonation » de ce secteur crucial.

Le commissaire européen à l'Industrie, Stéphane Séjourné, a promis de donner un coup d'accélérateur au « Made in Europe » dans la construction navale, en misant sur des bateaux et technologies innovantes. Parmi les projets phares figurent le développement de ferries à double usage (civil et militaire) et l'exploration de navires civils à propulsion nucléaire.

Un fonds européen pour financer la modernisation

L'Union européenne souligne que le futur Fonds européen de compétitivité, prévu dans le budget 2028-2034, pourra financer des investissements dans des navires propres et numériques, ainsi que la modernisation indispensable des infrastructures des chantiers. Le plan aborde également des enjeux critiques comme les besoins en main-d'œuvre qualifiée, la transition énergétique et la réduction de la dépendance aux fournisseurs extérieurs à l'UE.

« En stimulant la demande de navires construits dans l'UE, en soutenant les technologies maritimes à double usage et en garantissant des engagements climatiques forts, nous pouvons réduire notre dépendance vis-à-vis de l'Asie et renforcer notre économie et notre sécurité », a réagi l'eurodéputé belge Wouter Beke.

Un déséquilibre des aides d'État criant

Le défi est de taille, alors que le déséquilibre des soutiens publics est flagrant. Les industriels de Sea Europe rappellent que la Chine a accordé à son secteur des prêts publics estimés à 15 milliards de dollars entre 2020 et 2024, ainsi que des subventions directes dépassant les 25 milliards de dollars. Dans le même temps, l'Europe reste le seul bloc au monde à appliquer strictement un accord de l'OCDE datant de 1994, qui interdit toute subvention directe à ses chantiers navals, plaçant ses entreprises dans une situation concurrentielle désavantageuse.

Cette nouvelle stratégie européenne marque donc une volonté politique de rééquilibrer la donne et de redonner à l'industrie navale européenne les moyens de rivaliser sur la scène internationale, tout en accélérant sa transition écologique.

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