Une mobilisation déterminée face à l'urgence judiciaire
Devant l'usine de pâte à papier de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, une manifestation empreinte de détermination a rassemblé ce jeudi plusieurs dizaines de salariés de Fibre Excellence, fermement soutenus par les élus locaux. Tous affichent une volonté commune de ne « rien lâcher » alors que leur entreprise est menacée par une procédure de redressement judiciaire imminente. « On est déterminé à se battre mais c'est compliqué », confie Sébastien Oustric, délégué CGT de l'usine qui emploie 275 personnes au pied des Pyrénées.
L'échéance cruciale du 15 avril
La date du 15 avril représente une échéance judiciaire critique pour le groupe Fibre Excellence, qui pourrait être placé en redressement judiciaire. Cette situation découle notamment de lourdes pertes enregistrées dans son activité complémentaire de production d'électricité. « Il faut stabiliser l'activité sur le court terme pour pouvoir passer le cap », plaide Sébastien Oustric, ajoutant avec insistance : « on ne va rien lâcher, l'échéance, oui, c'est la semaine prochaine ».
Face à cette urgence, les représentants des salariés et les élus locaux réclament une revalorisation du prix d'achat de l'électricité produite par EDF, considérant cette mesure comme le seul levier capable de rétablir rapidement l'équilibre financier. « C'est le seul levier qui peut nous sauver rapidement », estime le délégué CGT, qui regrette par ailleurs « l'inaction du gouvernement » dans ce dossier.
Les inquiétudes des salariés et le soutien des élus
Parmi les salariés vêtus de leurs chasubles jaunes, l'inquiétude est palpable. Camille Maguis, préventrice sécurité chez Fibre Excellence depuis onze ans, exprime une préoccupation partagée : « On est tous mobilisés [...] C'est vraiment la grosse usine du coin. Sans cette usine à Saint-Gaudens, il n'y a plus grand-chose et puis, on est les derniers producteurs de pâte à papier en France ». Cette usine représente non seulement un pilier économique local mais aussi un symbole de la souveraineté industrielle française dans ce secteur.
Carole Delga, présidente du conseil régional d'Occitanie, présente sur place mardi matin, a déploré les lenteurs administratives : « Ici, il y a des solutions à très court terme et ça fait maintenant deux mois qu'on tergiverse ». Elle doit rencontrer le Premier ministre Sébastien Lecornu dans l'après-midi pour porter les revendications des salariés et trouver des solutions urgentes.
Un deuxième site également menacé
La crise ne se limite pas à Saint-Gaudens. Un autre site de Fibre Excellence, situé à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône et employant 270 personnes, est également confronté à la même menace de redressement judiciaire. Cette situation double souligne l'ampleur nationale du problème, avec au total 670 emplois directs en jeu sur les deux sites.
La question controversée de l'actionnariat
Fibre Excellence, qui produit annuellement 500 000 tonnes sur les deux millions de tonnes de pâte à papier consommées en France, appartient à Jackson Wijaya. Sa famille dirige le géant indonésien de la papeterie mondiale Asia Pulp and Paper. Dans un communiqué conjoint, plusieurs organisations environnementales des Bouches-du-Rhône ont vivement critiqué l'attitude de cet actionnaire.
Elles dénoncent le risque que, s'il abandonnait « en rase campagne » ses usines françaises, il « laisserait à la charge de la collectivité le chômage, le reclassement et la très coûteuse dépollution des sites ». Ces organisations affirment par ailleurs que les sites ne respectent pas pleinement les normes environnementales en vigueur, ajoutant une dimension écologique à ce conflit industriel.
La mobilisation à Saint-Gaudens dépasse donc le simple cadre d'un conflit social local. Elle pose des questions fondamentales sur :
- La préservation des derniers sites industriels stratégiques en France
- La responsabilité des actionnaires internationaux
- L'équilibre entre impératifs économiques et environnementaux
- Le rôle des pouvoirs publics dans la protection de l'emploi industriel
Alors que l'échéance du 15 avril approche, salariés et élus maintiennent la pression, déterminés à trouver des solutions pour sauver ces emplois et préserver cette capacité industrielle unique en France.



